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Les
amours qu’on ne vit pas sont-elles les plus belles?
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Nous
seuls est une histoire de passion, donc de jalousie, de
frustration, de haine et d’abandon.
Ah! l’amour…
Judith quitte Antoine sur un coup de tête, sans le prévenir de son départ
et sans lui laisser d’adresse. Antoine en est inconsolable, et
Judith pense constamment à lui. L’un et l’autre sont convaincus
d’avoir perdu la seule personne capable de les rendre heureux.
Pourtant, quand leur grand désir de se retrouver se réalise enfin,
neuf ans plus tard, le bonheur espéré n’est pas au rendez-vous.
Un roman soigné
Emmanuel Kattan a soigné la structure de son roman. Il l’ouvre sur une
scène percutante qui intrigue le lecteur (un homme trouve le
cadavre d’une femme au bord de la Tamise) et il fait par la suite
alterner une narration à la première personne et une autre à la
troisième, où surgissent parfois des scènes inattendues. Il a
aussi soigné son écriture, il a pris le temps d’émailler son
roman de réflexions sur l’amour, la jalousie, le bonheur, etc. et
il a imaginé une histoire d’amour qui a le mérite de ne pas être
parfumée à l’eau de rose, qui vire même au thriller
psychologique, une histoire de passion destructrice et morbide.
Antoine et Judith, en effet, n’arrivent pas à vivre l’amour idéal
dont ils rêvent et ne peuvent se contenter d’un petit bonheur
tranquille ainsi que le fait Séverine, l’amie d’Antoine, sensée
et raisonnable, mariée et mère de famille, qui sert de
faire-valoir aux protagonistes torturés auxquels elle s’oppose.
Il y a de belles intentions, dans ce roman, c’est indéniable:
celles de montrer comment la jalousie peut transformer l’amour en
cauchemar et de décrire «le caractère absolu, létal, de la
passion», selon la quatrième de couverture, qui affirme aussi que
«le lecteur lui-même se trouve irrésistiblement entraîné» dans
la «folie à deux» des protagonistes. Et pourtant… je suis restée
de glace devant l’explication de cette descente aux enfers en
chute libre.
Un délire expliqué
Car c’est là que le bât blesse: l’auteur nous montre peu le délire
de ses personnages et nous l’explique beaucoup, construisant ainsi
un roman très sage qui bride leur folie au lieu de la laisser éclater.
Vers la fin du roman, Antoine veut écrire une lettre à son amie Séverine,
mais il s’interrompt et se dit: «à quoi bon? […] Ce qui compte
vraiment, je ne réussirais pas à l’exprimer. Il faudrait que Séverine
comprenne, […], que Judith et moi n’avons jamais accepté de
perdre notre amour, que nous avons laissé la jalousie nous ronger,
que notre passé, nos souvenirs ne nous ont jamais quittés,
qu’ils refluent sans cesse en nous, qu’ils ne nous laissent
aucun moment de répit.» (p. 191). Et il poursuit ainsi son
explication pendant encore quelques lignes. Ce passage traduit bien,
à mon sens, la contradiction inhérente au roman. Antoine explique
ce qu’il prétend ne pas pouvoir exprimer, comme le roman rend
compte, de manière rationnelle, d’un délire, par nature insensé.
Bref, ce roman ne manque pas de qualités, mais il aurait sans doute
fallu que l’auteur laisse davantage vivre ses personnages.
Josée
Bonneville


Emmanuel Kattan, Nous seuls, Montréal,
Boréal, 2008, 232 p., 19,95$.
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