Les classiques à lire. Les livres et les auteurs qui deviennent des incontournables!

Accueil

Résumés

Prix

Autre

Contact

   

Répertoire

Par époque

Liens

Publicité

Suggérez

Imprimer


Précédent

 

Suivant

Article paru dans le numéro 123, automne 2006, de la revue Lettres québécoises (page 19).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La littérature et (ou?) la vie

En voulant trop servir la première, la romancière néglige la seconde

Sur la quatrième de couverture, on peut lire que le roman met «en scène la littérature et la vie». Tout, dans ce roman, est en effet orienté vers la littérature. L’auteure émaille son texte de nombreuses citations littéraires, placées en italique, et son roman, précise encore la quatrième de couverture, «se veut […] un hommage à Abraham Moses Klein» et à d’autres écrivains. Le David du titre est un poète érudit et polyglotte qui a enseigné la littérature à l’UQÀM et au cégep de Rouyn. Son discours fait constamment référence à de nombreux écrivains: Borgès, Ezra Pound, Paul-Marie Lapointe, Proust et j’en passe. Il a connu Hubert Aquin au moment où il venait de publier Neige noire et il a déjà présenté une analyse fouillée du quatrième chapitre de l’Ulysse de James Joyce devant la James Joyce Society à New York. 

Ce parti pris de la littérature suscite un intérêt certain. Les clins d’œil à Ferron (c’est le nom du médecin traitant de David) ou à Ringuet (un personnage se nomme Philippe Panneton) font sourire, et les pages sur James Joyce et A. M. Klein, entre autres, sont fort intéressantes et même instructives dans le cas de ce dernier qui est un auteur juif montréalais anglophone méconnu de la majorité francophone. De plus, la romancière joue beaucoup sur les rapports entre la fiction et la réalité, ce qui ne peut que séduire. Durant la première partie du roman, David, hospitalisé à Louis-Hippolyte-Lafontaine, raconte sa vie à Karine, une étudiante qui y travaille deux jours par semaine. Ce malade mental «à l’invraisemblable identité» (p. 48) fabule-t-il? Confond-il ce qu’il lit et ce qu’il a vécu? C’est ce que se demande Karine, tant plusieurs épisodes de sa vie apparaissent plus romanesques que réels. Le mystère ne sera élucidé qu’à la fin du roman, ce qui ménage un certain suspense.

Des personnages sans âme

Ce parti pris de la littérature, cependant, étouffe la vie. Tout se passe comme si la romancière, trop occupée à servir la littérature, avait oublié de donner une âme à ses personnages. Résultat: son univers en reste un de papier. Ses personnages n’accèdent pas au statut d’êtres de chair. Leur dimension psychologique est occultée. Ainsi, il est étonnant que David, entré une première fois à l’hôpital parce qu’il souffre d’une «dépression majeure» (p. 72), ait, «quelques mois plus tard», déjà «retrouvé [ses] moyens» (p. 73). Si c’était si facile! Karine, quant à elle, manque d’épaisseur. Elle est essentiellement l’admiratrice de David et des écrivains dont il lui parle ou qu’elle découvrira par la suite lorsque, influencée par lui, elle s’inscrira en littérature à l’université. Elle a bien une vie sentimentale avec un certain Alex, mais cette vie est à peine évoquée, et Alex ne correspond que trop bien au cliché du sportif qui ne comprend rien à l’art, le pauvre!

 

Josée Bonneville

Diane Jacob, Le vertige de David, Montréal, Triptyque, 2006, 154 p., 19$.

À votre avis :

Cliquez ici pour faire parvenir votre commentaire

Tous droits réservés © 2003 - 2010 IndexQuébec Inc.