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La
littérature et (ou?) la vie
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En voulant trop servir la
première, la romancière néglige la seconde
Sur la quatrième de couverture, on peut lire que le roman met «en scène
la littérature et la vie». Tout, dans ce roman, est en effet
orienté vers la littérature. L’auteure émaille son texte de
nombreuses citations littéraires, placées en italique, et son
roman, précise encore la quatrième de couverture, «se veut
[…] un hommage à Abraham Moses Klein» et à d’autres écrivains.
Le David du titre est un poète érudit et polyglotte qui a
enseigné la littérature à l’UQÀM et au cégep de Rouyn.
Son discours fait constamment référence à de nombreux écrivains:
Borgès, Ezra Pound, Paul-Marie Lapointe, Proust et j’en
passe. Il a connu Hubert Aquin au moment où il venait de
publier Neige noire et il a déjà présenté une analyse
fouillée du quatrième chapitre de l’Ulysse de James
Joyce devant la James Joyce Society à New York.
Ce parti pris de la littérature suscite un intérêt certain. Les clins
d’œil à Ferron (c’est le nom du médecin traitant de
David) ou à Ringuet (un personnage se nomme Philippe Panneton)
font sourire, et les pages sur James Joyce et A. M. Klein, entre
autres, sont fort intéressantes et même instructives dans le
cas de ce dernier qui est un auteur juif montréalais anglophone
méconnu de la majorité francophone. De plus, la romancière
joue beaucoup sur les rapports entre la fiction et la réalité,
ce qui ne peut que séduire. Durant la première partie du
roman, David, hospitalisé à Louis-Hippolyte-Lafontaine,
raconte sa vie à Karine, une étudiante qui y travaille deux
jours par semaine. Ce malade mental «à l’invraisemblable
identité» (p. 48) fabule-t-il? Confond-il ce qu’il lit et ce
qu’il a vécu? C’est ce que se demande Karine, tant
plusieurs épisodes de sa vie apparaissent plus romanesques que
réels. Le mystère ne sera élucidé qu’à la fin du roman,
ce qui ménage un certain suspense.
Des personnages sans âme
Ce parti pris de la littérature, cependant, étouffe la vie. Tout se
passe comme si la romancière, trop occupée à servir la littérature,
avait oublié de donner une âme à ses personnages. Résultat:
son univers en reste un de papier. Ses personnages n’accèdent
pas au statut d’êtres de chair. Leur dimension psychologique
est occultée. Ainsi, il est étonnant que David, entré une
première fois à l’hôpital parce qu’il souffre d’une «dépression
majeure» (p. 72), ait, «quelques mois plus tard», déjà «retrouvé
[ses] moyens» (p. 73). Si c’était si facile! Karine, quant
à elle, manque d’épaisseur. Elle est essentiellement
l’admiratrice de David et des écrivains dont il lui parle ou
qu’elle découvrira par la suite lorsque, influencée par lui,
elle s’inscrira en littérature à l’université. Elle a
bien une vie sentimentale avec un certain Alex, mais cette vie
est à peine évoquée, et Alex ne correspond que trop bien au
cliché du sportif qui ne comprend rien à l’art, le pauvre!
Josée Bonneville
  
Diane Jacob, Le vertige de David, Montréal,
Triptyque, 2006, 154 p., 19$.
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