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Survivre
à la mort d’un ami
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Pourquoi
est-il mort?
Question lancinante et sans réponse définitive.
Je voudrais me déposer ma tête s’ouvre sur un lieu morbide qui annonce on ne peut mieux le drame
central du roman, celui du suicide de Félix, le meilleur ami de
Ludovic, le narrateur. Dans ce lieu, une usine de l’Est de
Montréal où les deux cégépiens occupent un emploi de
gardiens de nuit, un «sale boulot de mort vivant» (p. 7), tout
apparaît inhumain et hostile, à l’image, sans doute, du
monde tel que le perçoit Félix. Rien d’étonnant, dès lors,
à ce que le premier chapitre se termine sur cette phrase lourde
de sens: «Bientôt je le sens, il démissionnera» (p. 10).
Sous-entendu: de son emploi, mais surtout du monde et de la vie.
Le jeudi suivant, en effet, Félix s’intoxique au monoxyde de
carbone, devant le fleuve, «en face de l’église où dieu
dormait les poings fermés» (p. 25). Ludovic doit alors
affronter sa colère, sa culpabilité et son incompréhension;
bref, il doit faire le deuil de son ami et de l’amitié
perdue. Il blâme dieu (écrit avec une minuscule comme s’il
ne méritait pas mieux), l’Amérique où la «vie rapide et
vague [est] hantée par les visages de la réussite» (p. 39),
mais surtout la «banlieue de malheur» (p. 59) où les deux
amis ont grandi, la banlieue à l’«ambiance si lourde et si
vide» (p. 45) où la vie est figée dans une «sourde immobilité»
(p. 45).
Un style épuré
Jonathan Harnois aborde ce grave sujet de la mort avec une grande sobriété.
L’émotion, très présente, ne s’y donne jamais en
spectacle. De plus, Harnois ne «fait» pas de style; il a du
style. Ainsi, si certaines expressions sont détournées de leur
sens habituel, ce n’est pas pour épater la galerie, mais pour
mieux faire sens. Deux exemples parmi d’autres: «Nous demandons la lune à boire»
(p. 41); en mourant, Félix «a coupé le tourment» (p. 25). Il
faudrait aussi citer les belles trouvailles poétiques, mais
elles sont trop nombreuses et les sortir de leur contexte ne
leur rendrait pas justice. Un seul bémol: Andelle, l’amie de
Ludovic, m’apparaît désincarnée (qu’elle ait un beau
corps n’y change rien!) parce qu’elle est confinée au rôle
de la femme compréhensive et qu’elle n’a pas de vie propre.
Elle a du moins le mérite d’aider son amoureux à retrouver
le plaisir de vivre, faisant ainsi de ce livre, au-delà du mal-être
et de la mort, un hymne à la vie.
Josée
Bonneville
Jonathan
Harnois, Je voudrais me déposer la tête, Montréal,
Les Éditions Sémaphore,
2005, 95 p., 16,95$.
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