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L’éternel
combat de la raison et de la passion
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Dès
le titre, Julie Gravel-Richard affirme la suprématie de la
passion sur la raison puisque enthéos est un mot grec
qui signifie avoir un dieu en soi, être enthousiaste.
Un
personnage tourmenté
Thomas,
un étudiant de 24 ans, vient de quitter Montréal pour Québec
et d’abandonner la théologie pour la littérature grecque
ancienne, tournant ainsi le dos à un drame qui sera peu à peu
révélé. Très tourmenté, il s’isole et trouve refuge dans
la marijuana et dans ses études. C’est Elsa Fontaine, son
nouveau professeur de grec, qui l’aidera à retrouver un sens
à sa vie en le convainquant que la passion doit l’emporter
sur la raison.
Un
roman très maîtrisé
Julie
Gravel-Richard, qui détient une maîtrise en histoire grecque
et qui enseigne les civilisations anciennes au cégep François-Xavier
Garneau, multiplie, dans son roman, les références à la
mythologie (Prométhée, Pandore, etc.), à la littérature
grecque (le cours d’Elsa porte sur Médée d’Euripide)
et à l’Apocalypse (texte sur lequel porte la thèse de
Thomas), entre autres. Elle le fait avec doigté sans jamais
nous ennuyer, ni nous perdre. Au contraire, sa passion est
contagieuse et elle nous donne envie de lire sur ces sujets et,
aussi, de relire Les nourritures terrestres de Gide,
livre dont il est abondamment question et qui est bien adapté
à Thomas puisqu’il met en scène «un convalescent qui
reprend goût à la vie» (p. 101).
Rien
ne semble avoir été laissé au hasard dans ce roman dont la mécanique
est fort bien huilée. Trop bien, cependant. Quand je lis un
roman, j’aime oublier que j’ai affaire à des êtres de
papier et croire en l’univers qui m’est présenté, si
fantaisiste soit-il. Ici, j’y suis d’autant moins arrivée
que je n’ai pas adhéré à certains aspects du récit. Par
exemple, Thomas n’a pas compris que son frère, qui s’est
suicidé, était devenu psychotique et il a cru que «la
recherche de Dieu mène à la folie» (p. 201) et que «le
diable avait gagné sur Christian» (p. 207). Comment un
universitaire aussi brillant que lui peut-il ignorer l’abc de
la psychose? Qu’il semble avoir une révélation lorsqu’Elsa,
à qui il raconte l’histoire de son frère, lui dise que
celui-ci était sans doute schizophrène, est pour le moins étonnant.
Que ni les parents
de Christian ni personne dans son entourage ne se soient rendu
compte de sa maladie est invraisemblable. La question de la gémellité,
par contre, est convaincante; elle ouvre d’intéressantes
pistes de réflexion. Depuis la mort de son frère, Thomas «ne
sait plus qui il est lui-même». […] Quand on naît double,
peut-on survivre à demi?» (p. 203) se demande-t-il avec
pertinence.
Avec Enthéos, Julie Gravel-Richard fait la preuve qu’elle sait
écrire et qu’elle peut construire une histoire complexe; il
lui reste à apprendre à moins contrôler ses personnages et
son récit. Ou à tout le moins à nous donner l’illusion
qu’elle a lâché la bride. Chez Thomas, la passion finit par
l’emporter; chez elle, par contre, la raison me semble trop
apparente.
Josée Bonneville
  
Julie Gravel-Richard, Enthéos, Sillery,
Septentrion, coll. «Hamac», 2008, 260 p., 22,95$
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