Les classiques à lire. Les livres et les auteurs qui deviennent des incontournables!

Accueil

Résumés

Prix

Autre

Contact

   

Répertoire

Par époque

Liens

Publicité

Suggérez

Imprimer


Précédent

 

Suivant

Article paru dans le numéro 133, printemps 2009, de la revue Lettres québécoises (pages 19-20).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand la musique et la littérature se rencontrent

Nicolas Gilbert est compositeur; il a même obtenu le prix Opus de la découverte de l’année en 2006.  Rien d’étonnant, dès lors, à ce que son premier roman soit centré sur un récital.

Une structure rigoureuse

Le roman raconte ce qui s’est passé le soir du 4 mai avant, pendant et après un récital de piano donné à la salle Pierre-Mercure, pardon, Lierre-Pécurre, sous l’égide de la Société de musique contemporaine du Québec. Il est structuré de manière très rigoureuse. Deux parties sont divisées chacune en six chapitres dans lesquels six personnages racontent à tour de rôle une heure de cette soirée. Chaque personnage prend donc la parole à deux reprises, et chaque heure est racontée deux fois par deux personnages différents. Les six personnages, qui  n’apparaissent pas dans le même ordre d’une partie à l’autre, sont le pianiste, le compositeur de l’une des quatre pièces jouées, un placier, un spectateur, la serveuse du bistro d’en face et un ami de celle-ci.

Cinq autres chapitres, très courts, intitulés «Hors-temps» décrivent le lieu de l’action à partir de l’extérieur vers l’intérieur de la salle de concert: la rue, le bâtiment, la salle, la scène et le piano. Le premier ouvre le roman et chacun des quatre autres est placé à la suite de trois chapitres à la première personne.

Les forces du roman

L’intérêt du roman tient d’abord à cette structure où rien n’est laissé au hasard ainsi qu’en témoignent les nombreux clins d’œil, doubles sens et mises en abyme qui le parsèment. Il réside aussi dans le lien constant entre musique et littérature, perceptible autant dans la «structure à la manière d’Olivier Messiaen» (p.146) que dans le fait qu’Antoine, l’ami de la serveuse, est un disquaire qui écrit des poèmes. Ainsi le compositeur Jean Gauthier, dans l’œuvre qui ouvre le récital, «exploit[e] des techniques de gestion du temps et du discours issues des premiers romans d’Alain Robbe-Grillet» (p. 83), alors que Nicolas Gilbert joue avec le temps, dans les 12 chapitres à la première personne de son roman, et fait de très minutieuses descriptions, dans les chapitres «Hors-temps», qui rappellent celles de Robbe-Grillet.

 

L’intérêt du roman tient enfin au portrait du milieu artistique qui met en évidence, souvent sur le mode de la dérision, l’angoisse du créateur, ses relations parfois difficiles avec les autres, la complaisance du public montréalais, le snobisme, la crainte de paraître inculte, etc.

Un bémol

Le souci formel du romancier occulte cependant, à mon sens, le côté humain des personnages. Ni l’angoisse du compositeur, ni les questions du pianiste sur l’orientation de sa carrière, ni la quête amoureuse d’autres personnages ne m’ont touchée. La multiplicité des points de vue, qui aurait dû permettre un approfondissement des personnages, m’apparaît davantage ludique que féconde. Ce que je retiens du livre, c’est la virtuosité technique de son auteur. J’attends maintenant qu’il la mette au service de quelque chose qui la dépasserait.

 

Josée Bonneville

 

Nicolas Gilbert, Le récital, Montréal, Leméac, 2008, 152 p., 18,95$.

À votre avis :

Cliquez ici pour faire parvenir votre commentaire

Tous droits réservés © 2003 - 2010 IndexQuébec Inc.