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Quand
la musique et la littérature se rencontrent
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Nicolas
Gilbert est compositeur; il a même obtenu le prix Opus de la découverte
de l’année en 2006. Rien
d’étonnant, dès lors, à ce que son premier roman soit centré
sur un récital.
Une structure rigoureuse
Le roman raconte ce qui s’est passé le soir du 4 mai avant, pendant et
après un récital de piano donné à la salle Pierre-Mercure,
pardon, Lierre-Pécurre, sous l’égide de la Société de
musique contemporaine du Québec. Il est structuré de manière
très rigoureuse. Deux parties sont divisées chacune en six
chapitres dans lesquels six personnages racontent à tour de rôle
une heure de cette soirée. Chaque personnage prend donc la
parole à deux reprises, et chaque heure est racontée deux fois
par deux personnages différents. Les six personnages, qui
n’apparaissent pas dans le même ordre d’une partie
à l’autre, sont le pianiste, le compositeur de l’une des
quatre pièces jouées, un placier, un spectateur, la serveuse
du bistro d’en face et un ami de celle-ci.
Cinq autres chapitres, très courts, intitulés «Hors-temps» décrivent
le lieu de l’action à partir de l’extérieur vers l’intérieur de
la salle de concert: la rue, le bâtiment, la salle, la scène
et le piano. Le premier ouvre le roman et chacun des quatre
autres est placé à la suite de trois chapitres à la première
personne.
Les forces du roman
L’intérêt du roman tient d’abord à cette structure où rien
n’est laissé au hasard ainsi qu’en témoignent les nombreux
clins d’œil, doubles sens et mises en abyme qui le parsèment.
Il réside aussi dans le lien constant entre musique et littérature,
perceptible autant dans la «structure à la manière d’Olivier
Messiaen» (p.146) que dans le fait qu’Antoine, l’ami de la
serveuse, est un disquaire qui écrit des poèmes. Ainsi le
compositeur Jean Gauthier, dans l’œuvre qui ouvre le récital,
«exploit[e] des techniques de gestion du temps et du discours
issues des premiers romans d’Alain Robbe-Grillet» (p. 83),
alors que Nicolas Gilbert joue avec le temps, dans les 12
chapitres à la première personne de son roman, et fait de très
minutieuses descriptions, dans les chapitres «Hors-temps», qui
rappellent celles de Robbe-Grillet.
L’intérêt du roman tient enfin au portrait du milieu artistique qui
met en évidence, souvent sur le mode de la dérision,
l’angoisse du créateur, ses relations parfois difficiles avec
les autres, la complaisance du public montréalais, le snobisme,
la crainte de paraître inculte, etc.
Un bémol
Le souci formel du romancier occulte cependant, à mon sens, le côté
humain des personnages. Ni l’angoisse du compositeur, ni les
questions du pianiste sur l’orientation de sa carrière, ni la
quête amoureuse d’autres personnages ne m’ont touchée. La
multiplicité des points de vue, qui aurait dû permettre un
approfondissement des personnages, m’apparaît davantage
ludique que féconde. Ce que je retiens du livre, c’est la
virtuosité technique de son auteur. J’attends maintenant
qu’il la mette au service de quelque chose qui la dépasserait.
Josée
Bonneville
 
Nicolas Gilbert, Le récital, Montréal,
Leméac, 2008, 152 p., 18,95$.
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