|
Renald
Bérubé a dit en ces pages beaucoup de bien du précédent opus
du sieur Germain
et il a eu raison. La suite me semble autrement supérieure. Et
donc...
J'ai
toujours su que j'apostropherais quelqu'un avec ce délicieux
mot de Q dans le faux vrai James Bond Never say never again,
mais je ne me serais jamais douté que cela se passerait en ces
pages, et à l'égard du débonnaire multihomme : « Ravi
de vous revoir, M. [Germain]. Les choses ont été terriblement
ennuyeuses, par ici. Les bureaucrates dirigent l'endroit, tout
est fait dans les règles. […] Maintenant, vous êtes là.
J'espère qu'on va avoir un peu de sexe et de violence gratuite. »
Je
n'ai pas (encore!) lu le tout premier tome de la série, Rue
Fabre, centre de l'univers, et ainsi il est probablement
hasardeux de faire des généralités, mais je peux dire que si
l’opus précédent recensé par monsieur Bérubé avait un
caractère sinon carrément politique, du moins vaguement
sociale, ces « Nouvelles historiettes de la bohème »
sont résolument tournées vers la vie culturelle de la période
incriminée, à savoir la fin du règne du Cheuf.
Confusion,
aucune
Ou
peut-être, après tout, que ce nouvel opus n'était pas planifiée,
puisque c'est dans le livre précédent qu'il est fait mention
du Refus global... minute! Oui, c'est vrai! S’il a été mentionné,
c'était pour parler d'un non-événement...
Je
vous sens confus. C'est que vous me lisez à la chronique
« Nouvelles ». Renald Bérubé, lui, est intervenu
dans sa chronique « Essai », et l'éditeur du sieur
Germain le publie à l'enseigne « Conte »... Il y a
confusion et il n'y a pas confusion. Après tout, qui peut
raconter sa propre histoire sans se faire accuser d'affabulation
et qui peut dénier à l'écrivain Germain son indéniable
talent de conteur? Sont donc conviés dans ce recueil, un à un,
les librairies de l'époque, la peinture, le cinéma, le jazz,
la poésie, la photographie, Lili St-Cyr, le théâtre, la
danse, Guilda, mais aussi les rapports entre les protagonistes
de l'époque et les lieux où ils s'assemblaient.
Peut-être
ai-je été encore plus emballé par cet opus que par le précédent
parce que l'univers particulier de la bohème montréalaise m'était
inconnu, alors que
je possède quelques notions sur la Grande Noirceur en général.
Personne ne m'avait jamais expliqué non plus ce qu'a représenté
l'apparition du microsillon; pourtant, quelques mots de monsieur
Germain m'ont suffi pour comprendre l'ébahissement ressenti
quand tous les Messies de la musique de chambre sont
soudainement revenus à la vie :
Tout ce grand voyage dans l'histoire
peut sembler banal et dérisoire maintenant que son parcours est
accessible en tout temps avec un simple MP3. Sauf que pour ceux
qui ont vécu cette résurrection de plusieurs siècles de
musique en temps réel, l'expérience a été unique et
inoubliable.
Bref, un livre
amusant, charmant, mais aussi instructif.
Sébastien
Lavoie
  
Jean-Claude
Germain, La femme nue habillait la nuit – Nouvelles
historiettes de la bohème, Montréal, 2010, Hurtubise,
192 p.
|