Les classiques à lire. Les livres et les auteurs qui deviennent des incontournables!

Accueil

Résumés

Prix

Autre

Contact

   

Répertoire

Par époque

Liens

Publicité

Suggérez

Imprimer


Précédent

 

Suivant

Article paru dans le numéro 134, automne 2005, de la revue Lettres québécoises (page 19).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un roman postmoderne

On voyage beaucoup dans ce roman, beaucoup, beaucoup …

 

Évanouissement à Shinjuku emprunte la manière (absence de linéarité, ruptures fréquentes dans le récit, écriture minimaliste) et les principaux thèmes de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la postmodernité: l’exil, l’errance, la quête d’identité, le métissage, la solitude, la mémoire. Qu’on en juge: Dolorès D. est née à Bucarest d’un père noir très vite disparu et d’une mère blanche qui s’est par la suite mariée avec un Juif. Son frère est né à Rome et la famille passait ses vacances d’été en Turquie. Dolorès a eu deux amoureux: Fathal, un journaliste mi-arabe mi-suédois rencontré à Dubrovnik et mort en Israël, ainsi que Thomas, un Anglais qu’elle a aimé à distance. Elle vit à New York mais, au début du roman, elle vient de terminer un séjour d’un an à Tokyo où une bourse lui a permis de travailler à un projet de vidéo sur écrans multiples, Blackout. En se rendant à l’aéroport, elle s’évanouit dans le métro et tombe dans un trou noir, métaphore de la mémoire où s’est engouffrée sa vie et d’où ressurgiront, pendant le voyage qui la mène à Lisbonne, puis à Cap-Vert, des souvenirs fragmentés de son enfance et de ses amours passés. Ouf!

Un roman trop maîtrisé

Si les souvenirs apparaissent de manière supposée aléatoire, en revanche, rien dans l’écriture n’est laissé au hasard. Le roman est construit de manière très rigoureuse. D’autres évanouissements et d’autres trous noirs ponctuent le récit, et le roman se termine comme il a commencé: sur l’évanouissement à Shinjuku, sur le blackout qui est aussi le sujet du projet video de Dolorès. Les écrans multiples de ce projet sont aussi les écrans divers sur lesquels, tout au long du roman, la narratrice projette ses souvenirs-images. Dans ces images, les couleurs occupent une place prépondérante et sont très étudiées. Ainsi, le rouge rappelle la mer Rouge et son père éthiopien alors que le noir est associé à la mer Noire et à sa mère roumaine; ces deux couleurs sont reprises sur la couverture du livre. L’écriture est souvent empreinte d’une grande poésie, mais elle est aussi très léchée. Un peu trop. Le traitement esthétique évacue l’émotion comme dans cette phrase où la douleur de Dolorès est placée de manière théâtrale dans un célèbre lieu lisboète: «Son cœur gros comme un cantaloup éclatera en mille morceaux en plein milieu de Rossiu.» (p. 75-76). Dommage! Vraiment dommage! Autant j’ai admiré les savantes constructions de l’auteure, autant son roman m’a laissée froide.

Josée Bonneville

Ioana Georgescu, Évanouissement à Shinjuku, Montréal, Les Éditions Marchand de feuilles, 2005, 153 p., 21,95$.

À votre avis :

Cliquez ici pour faire parvenir votre commentaire

Tous droits réservés © 2003 - 2010 IndexQuébec Inc.