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À la poursuite de Jonas I – Belle-Bite le hobo – Hector Vigo (Guy Genest) - 2010

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Au commencement était la Verge, et la Verge était avec Jonas, et la Verge était Dieu. « Une queue comme celle-là, mes petits coeurs, vous ne pourrez pas l'imaginer même si je vous en parle pendant des heures.  […] tu ouvres les yeux parce que ça bouge, là, tout près, et d'abord tu crois que ce n'est qu'un bonhomme en train de pisser, mais tout à coup tu réalises avec quoi il le fait, bordel de cul! » (p. 21) Celle qui parle, c'est Betty-la-Bombe qui se lance aussitôt dans une assez merdeuse course au pénis, vers celui qu'elle surnomme Belle-Bite. « Belle-Bite! Elle m'a surnommé Belle-Bite! Comme si un homme n'était rien de plus que son engin! » (p. 60) Le froid de Québec est mordant et notre héros arpente les artères de la ville en quête d’un refuge et il ne tarde pas à être fait prisonnier par le Grand Bernie, « l'obscurissime roi des rats, maître occulte du port, des bas quartiers et des égouts » (p. 13), qui projette de le remettre à Vladimir-le-Borgne, « dont l'âme ne compte plus qu'une seule fibre : celle de la vengeance » (p. 76) afin d'honorer une dette de jeu. Et que dire de la Brigade des égouts qui ne peut plus mener son travail à bien, puisqu'elle est décimée un peu plus chaque jour par des rats toujours plus nombreux et affamés? (Et toi, narrateur, tu es un être sensible et de nature anxieuse; arriveras-tu à mener à bien, dans cette bauge, les quêtes de ces nombreux personnages?)

À notre avis :

À cette dernière question, répondons généralement : oui, et précisément : non. C'est que le livre est conçu un peu comme un roman-feuilleton (et que la fin du roman annonce déjà la suite, Les malheurs de Siphon). Pour une fois, la quatrième de couverture n'exagère nullement : « Belle-Bite le hobo est un roman à la verve rabelaisienne avec ses personnages excessifs, ses situations rocambolesques et son langage cru. » (XYZ, 2010, 219 pages) Les premières pages sont absolument remarquables, j'ai adoré la désinvolture narquoise et le fatalisme du narrateur ainsi que l'ampleur du verbe et de la phrase à son service. Puis mon intérêt est retombé quelque peu, ou peut-être le rythme s'est-il cassé quelque part, je ne sais pas, mais je sais que ça retombe. Quelques généralités somme toute banales sont à déplorer (« Tous les sous-fifres sont ainsi, outrepassant les ordres qu'on leur donne, cherchant à tirer petit plaisir et petit pouvoir de la prétendue mission qu'on leur a assignée. » p. 191). Mais ce n’est pas fréquent. Il reste que c'est à prendre avec un large sourire. On note : « C'est devenu ça, l'humanité, de l'infection qui s'en va dans le fleuve à pleins tuyaux. » (p. 68), Une « affaire dont l'obscurité n'a d'égale que la mystérieuse opacité » (p. 143), « Qu'est-ce qu'on ferait pas pour une bite... » (p. 80), « De la même manière, un homme équipé comme lui peut seulement avoir une âme à l'avenant de sa queue : droite, solide, magnifique, appétissante, suçable, branlable... » (p. 99) et «  […] généralement prévisible comme la pluie en novembre et la sécheresse dans un coeur de parvenu [...] » (p. 139)

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Dominique Blondeau

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