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Une prose trash montée sur
un roulement à billes, une belle mécanique qui ne va cependant
nulle part. Mais est-ce si important?
Un
enfant-roi veut lancer son chat par la fenêtre; de guerre
lasse, sa mère le laisse faire (« Le petit garçon et le
chat »). Dans les années cinquante, en Ontario, des
jeunes à peine pubères (« Les choses de la vie »),
étudiant dans des instituts d'enseignement catholique, se font
initier à la sexualité par des religieux lubriques (« La
croix de chair »), ou regardent la maladie mentale
s'inscrire chez certains condisciples (« Je te gage que je
peux te faire peur »). Un poète quinquagénaire tâche de
se remettre à sa première vocation : lanceur au baseball
(« Balle passée »). Un homme se demande s'il n'a
pas tué lors d'une virée désastreuse à New York (« Très
off-Broadway »). Un metteur en scène versé dans les arts
tâche de faire un film où serait fusionné l'érotique
« avec le soi-disant pornographique » (« Musique
de fond », p. 138). « Amy Crissum » couche
avec n'importe qui, Amy Crissum n'est que vagin et anus (et Marc
Larose est une moumoune).
Quatorze
nouvelles d'inégales longueurs attendent le lecteur. Quatorze
nouvelles, dont la plupart correspondent à l'étiquette trash.
Ici, on consomme souvent des substances psychotropes, la
sexualité est vue comme un expédient très peu libérateur,
les religieux ne valent guère mieux que le démon, la famille
est source de perdition et la violence peut être perçue comme
une forme de catharsis.
Len
Gasparini a le don d'installer ses histoires, de mettre le
lecteur en phase avec son récit, de le prendre et de le
convaincre de le suivre. S'il le suit, le lecteur découvrira
une voix propre, un ton, mais sans doute serait-il exagéré de
parler de regard... c'est que les chutes de ses histoires sont
parfois boiteuses. Monsieur Gasparini n'est pas un
nouvelliste-sprinter; je n'ai pas trouvé d'intérêt aux quatre
nouvelles qui ne s'étalent que sur quelques pages seulement,
vers le milieu du recueil.
Translation
authentique
Un
mot s'impose à propos de la traduction, mais n'est pas Hélène
Rioux qui veut. Pas besoin d'experts en cette matière, de toute
façon, pour réaliser une évidence: le traducteur, Daniel
Poliquin, ne s'adresse qu'aux gens d'ici tant son travail
foisonne de canadianismes aussi bien dans les dialogues (« j'ai
envie de te péter la gueule en sang », p. 25) que dans le
texte narratif lui-même (« j'avais sauté une coche »,
p. 158; « il mettait la marde partout », p. 58;
« des gros jos », p. 24). Et c'est un réel bonheur,
surtout pour quelqu'un comme moi qui a été biberonné aux
traductions faites en France de On the road, des romans
de John Fante et autres Charles Bukowski. C'est particulièrement
apprécié dans le cas de « Balle passée », la
nouvelle qui parle de baseball et qui gagne beaucoup en crédibilité
en appelant une « base » un « but »
(vous excuserez ma candeur, mais je n'avais jamais lu ce genre
de traduction).
Un
mot, peut-être, sur le titre de l'œuvre qui n'a rien à voir
avec le titre original, A demon in My View. Le titre est
emprunté à un dialogue de la nouvelle « Une chambre pour
la nuit » où un couple dort dans un hôtel assez lugubre :
— Scotia. Ça veut
dire obscurité en grec. L'étymologie. Nova, nouveau en
latin. Nova Scotia, Nouvelle-Écosse. Nouvelle
noirceur. (p. 114)
Sébastien
Lavoie
  
Len Gasparini,
Nouvelle noirceur, Ottawa, Les Éditions L'interligne, 2009, 210 pages, 18,85 $
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