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Article paru dans le numéro 136, hiver 2009, de la revue Lettres québécoises (pages 34-35).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du côté obscur

Une prose trash montée sur un roulement à billes, une belle mécanique qui ne va cependant nulle part. Mais est-ce si important?

Un enfant-roi veut lancer son chat par la fenêtre; de guerre lasse, sa mère le laisse faire (« Le petit garçon et le chat »). Dans les années cinquante, en Ontario, des jeunes à peine pubères (« Les choses de la vie »), étudiant dans des instituts d'enseignement catholique, se font initier à la sexualité par des religieux lubriques (« La croix de chair »), ou regardent la maladie mentale s'inscrire chez certains condisciples (« Je te gage que je peux te faire peur »). Un poète quinquagénaire tâche de se remettre à sa première vocation : lanceur au baseball (« Balle passée »). Un homme se demande s'il n'a pas tué lors d'une virée désastreuse à New York (« Très off-Broadway »). Un metteur en scène versé dans les arts tâche de faire un film où serait fusionné l'érotique « avec le soi-disant pornographique » (« Musique de fond », p. 138). « Amy Crissum » couche avec n'importe qui, Amy Crissum n'est que vagin et anus (et Marc Larose est une moumoune).

Quatorze nouvelles d'inégales longueurs attendent le lecteur. Quatorze nouvelles, dont la plupart correspondent à l'étiquette trash. Ici, on consomme souvent des substances psychotropes, la sexualité est vue comme un expédient très peu libérateur, les religieux ne valent guère mieux que le démon, la famille est source de perdition et la violence peut être perçue comme une forme de catharsis.

Len Gasparini a le don d'installer ses histoires, de mettre le lecteur en phase avec son récit, de le prendre et de le convaincre de le suivre. S'il le suit, le lecteur découvrira une voix propre, un ton, mais sans doute serait-il exagéré de parler de regard... c'est que les chutes de ses histoires sont parfois boiteuses. Monsieur Gasparini n'est pas un nouvelliste-sprinter; je n'ai pas trouvé d'intérêt aux quatre nouvelles qui ne s'étalent que sur quelques pages seulement, vers le milieu du recueil.

Translation authentique

Un mot s'impose à propos de la traduction, mais n'est pas Hélène Rioux qui veut. Pas besoin d'experts en cette matière, de toute façon, pour réaliser une évidence: le traducteur, Daniel Poliquin, ne s'adresse qu'aux gens d'ici tant son travail foisonne de canadianismes aussi bien dans les dialogues (« j'ai envie de te péter la gueule en sang », p. 25) que dans le texte narratif lui-même (« j'avais sauté une coche », p. 158; « il mettait la marde partout », p. 58; « des gros jos », p. 24). Et c'est un réel bonheur, surtout pour quelqu'un comme moi qui a été biberonné aux traductions faites en France de On the road, des romans de John Fante et autres Charles Bukowski. C'est particulièrement apprécié dans le cas de « Balle passée », la nouvelle qui parle de baseball et qui gagne beaucoup en crédibilité en appelant une « base » un « but » (vous excuserez ma candeur, mais je n'avais jamais lu ce genre de traduction).

Un mot, peut-être, sur le titre de l'œuvre qui n'a rien à voir avec le titre original, A demon in My View. Le titre est emprunté à un dialogue de la nouvelle « Une chambre pour la nuit » où un couple dort dans un hôtel assez lugubre :

Scotia. Ça veut dire obscurité en grec. L'étymologie. Nova, nouveau en latin. Nova Scotia, Nouvelle-Écosse. Nouvelle noirceur. (p. 114)

 

Sébastien Lavoie

Len Gasparini, Nouvelle noirceur, Ottawa, Les Éditions L'interligne, 2009, 210 pages, 18,85 $

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