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De façon assez
surprenante, cette biographie inachevée s’avère l’une des
grandes réussites de Louis Fréchette. L’auteur raconte sa propre
jeunesse – celle d’un garçonnet déluré et espiègle de Lévis
– en ignorant plus d’une fois la chronologie, en abusant du
coq-à-l’âne et en multipliant les digressions. Qu’à cela ne
tienne, rien n’a beau paraître plus lâche, et parfois plus
futile, que le propos, le charme de ce texte opère –
peut-être justement parce que le ton en est si libre, si familier.
Son ironie fine parcourt l’ouvrage entier, et si on sourit
fréquemment aux traits d’esprit décochés à l’endroit de l’Église,
de l’Éducation et de la Politique, on comprend aussi que
Fréchette est croyant, qu’il vénère l’enseignement et qu’il
a consacré une grande partie de sa vie à la cause politique. L’homme
apparaît dès lors d’une estimable simplicité, un peu comme le
serait un ami aux idées libérales avec lequel on a eu plus d’une
conversation à bâtons rompus et qui a toujours su stimuler notre
intelligence avec le plus grand naturel, sans rigorisme stupide et
sans parti pris de mauvais aloi. Fréchette possède en fait cette
vertu bien québécoise de faire la part des choses, tout en sachant
ne pas trop se prendre au sérieux. Il sait rire de lui-même –
lui qu’on devine pourtant si fier –, de ses travers comme de ses
valeurs les plus hautes : patriotisme, langue, foi. Et grâce
à cette désinvolture, qui le rend si sympathique, on comprend
pourquoi ces quelque deux cents pages se lisent d’une traite.
C.G.
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