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Mémoires intimes - Louis Fréchette - 1900

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Louis Fréchette amorce ici une biographie (restée inachevée) qui se limite à sa tendre enfance. Chacun des quatorze chapitres possède un sujet : l’auteur commence par l’évocation de ses ancêtres, de sa famille, puis il décrit tour à tour les lieux, les gens et les us et coutumes de son coin de pays, la ville de Lévis, sise devant Québec, sur la côte sud du fleuve Saint-Laurent. Mêlant des anecdotes à des portraits de contemporains plus ou moins célèbres et à des croquis d’hurluberlus qu’il a croisés d’aventure, Fréchette rend hommage à l’histoire de sa famille et à celle de son pays. Mais il fait aussi la part belle à ses incartades d’écolier, à la rivalité qui oppose au sujet de Papineau les petits Canadiens et leurs congénères anglais. Il donne en outre une foule de détails sur le mode de vie, la langue et les traditions des Québécois du milieu du XIXe siècle, soulignant maintes fois la difficulté d’imposer des valeurs libérales ou, tout simplement, de nouvelles coutumes dans une société étroite d’esprit que dominent alors les ecclésiastiques et les bien-pensants.

résumé préparé par Claude Gonthier


L'ÎLE

Biographie

wikipédia

Maison natale

Buste, gravures...

À notre avis :

De façon assez surprenante, cette biographie inachevée s’avère l’une des grandes réussites de Louis Fréchette. L’auteur raconte sa propre jeunesse – celle d’un garçonnet déluré et espiègle de Lévis – en ignorant plus d’une fois la chronologie, en abusant du coq-à-l’âne et en multipliant les digressions. Qu’à cela ne tienne, rien n’a beau paraître plus lâche, et parfois plus futile, que le propos, le charme de ce texte opère – peut-être justement parce que le ton en est si libre, si familier. Son ironie fine parcourt l’ouvrage entier, et si on sourit fréquemment aux traits d’esprit décochés à l’endroit de l’Église, de l’Éducation et de la Politique, on comprend aussi que Fréchette est croyant, qu’il vénère l’enseignement et qu’il a consacré une grande partie de sa vie à la cause politique. L’homme apparaît dès lors d’une estimable simplicité, un peu comme le serait un ami aux idées libérales avec lequel on a eu plus d’une conversation à bâtons rompus et qui a toujours su stimuler notre intelligence avec le plus grand naturel, sans rigorisme stupide et sans parti pris de mauvais aloi. Fréchette possède en fait cette vertu bien québécoise de faire la part des choses, tout en sachant ne pas trop se prendre au sérieux. Il sait rire de lui-même – lui qu’on devine pourtant si fier –, de ses travers comme de ses valeurs les plus hautes : patriotisme, langue, foi. Et grâce à cette désinvolture, qui le rend si sympathique, on comprend pourquoi ces quelque deux cents pages se lisent d’une traite.

C.G.

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