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« Bordel
de merde, am I in a nightmare? »
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Trente
nouvelles mal équarries sont assemblées ici pour former une
construction formidablement bancale.
J'ai
dû soupirer autant de fois, en lisant ce recueil, que Maria
Chapdelaine, pendant le reste de sa vie, en repensant à François
Paradis. À la différence près que mes soupirs en étaient
d'exaspération.
Trop
S'il
n'y pas lieu de tirer un trait sur cette auteure, c'est surtout
parce que son problème se résume souvent à trop en faire.
Elle souligne trop les intentions de ses personnages, appuie
trop souvent sur son crayon quand vient le temps d'opposer deux
éléments et est même parfois trop directive dans ses chutes.
Un correcteur n'ayant pas peur du travail aurait pu y sauver
quelques meubles...
Dans
Les romans de Jeanne, par exemple, une vieille dame sénile
se fantasme un passé d'écrivaine célébrée. La fin ouvre sur
sa fille, épuisée, qui lui fait une crise, lui jurant de ne
plus jamais revenir, se demandant à quoi bon, de toute façon,
puisqu'elle ne remarquera même pas son absence... En soi, ça
faisait une nouvelle. Là où l'auteure montre qu'elle n'est pas
une écrivaine, c'est en concluant son récit par cette phrase
ultime qui enlève tout à la fiction : « Dans
l'ascenseur, elle se rassure par la vision de son nom,
calligraphié d'une main tremblotante, sur la ligne du légataire
universel. » (p. 181)
Euh...
non!
L'auteur
tient à la thèse sous-jacente à ses récits, à savoir que la
méchanceté est partout, en tous. Méchanceté des mères, en
premier lieu (« Je t'aime! »); de la vie en général
(« Affaire classée ») ou encore d'un quelconque frère
jumeau (« Pierre »), pour pointer les quelques réussites.
Truc
de ouf : mix funky (avec problemo)
On
a tous sa petite marotte. La mienne consiste à pester contre
notre complaisance envers l'usage des francismes qui, dans ce
recueil, pullulent. Je comprends très bien les arguments de
ceux qui traquent les anglicismes, mais je ne comprends pas le
silence assourdissant entourant cette autre distorsion de la
plume, plus pernicieuse (plusieurs n'ont même pas de mot pour
la reconnaître, donc s'en défendre).
Ainsi,
à intervalles réguliers, on lit : «Mec, type, piger, pognon,
fric, embrouilles, à perpète, se tirer, se casser, flingue,
faire vétérinaire, une cuite, sept heures du mat » et autres « nana »,
dans les dialogues comme dans la narration. À ceci s'ajoute,
dans la narration, une couche d'anglicismes servis quelquefois
sans italique, puis une autre couche d’anglicismes, parfois en
italique, dans les dialogues (et je ne mentionne pas les
ridicules « Mierdo » (p. 75) et « Ma quiera»
(p. 79) soi-disant « espagnols », j'imagine...) Ce
salmigondis linguistique s'appuie, à de multiples reprises, sur
un genre de joual, ce borborygme pseudolangagier qui dit pas
c'qui voudrait dire pis qui l'dit mal. La rupture de ton guette
le lecteur à chaque ligne. Là où ça devient carrément kafkaïen,
c'est quand on tombe sur des mots comme « bacon »
(p. 98), « bollé » (p. 98) ou « loft »
(p. 173) et qu'on voit qu'ils sont écrits en italiques, alors
qu'on se souvient très bien que, par exemple, à la page 72,
« cash » entrait sans problème dans la narration,
sans italique.
¡
Que fucking zarbi, s'tie !
Sébastien
Lavoie

Hélène Ferland, Une nouvelle chasse l'autre, Montréal, Les éditions Sémaphore, 2010, 200 p., 20,95 $.
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