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Article paru dans le numéro 142, été 2011, de la revue Lettres québécoises (page 36).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Bordel de merde, am I in a nightmare? »[1]

Trente nouvelles mal équarries sont assemblées ici pour former une construction formidablement bancale.

 

J'ai dû soupirer autant de fois, en lisant ce recueil, que Maria Chapdelaine, pendant le reste de sa vie, en repensant à François Paradis. À la différence près que mes soupirs en étaient d'exaspération.

 

Trop

 

S'il n'y pas lieu de tirer un trait sur cette auteure, c'est surtout parce que son problème se résume souvent à trop en faire. Elle souligne trop les intentions de ses personnages, appuie trop souvent sur son crayon quand vient le temps d'opposer deux éléments et est même parfois trop directive dans ses chutes. Un correcteur n'ayant pas peur du travail aurait pu y sauver quelques meubles...

 

Dans Les romans de Jeanne, par exemple, une vieille dame sénile se fantasme un passé d'écrivaine célébrée. La fin ouvre sur sa fille, épuisée, qui lui fait une crise, lui jurant de ne plus jamais revenir, se demandant à quoi bon, de toute façon, puisqu'elle ne remarquera même pas son absence... En soi, ça faisait une nouvelle. Là où l'auteure montre qu'elle n'est pas une écrivaine, c'est en concluant son récit par cette phrase ultime qui enlève tout à la fiction : « Dans l'ascenseur, elle se rassure par la vision de son nom, calligraphié d'une main tremblotante, sur la ligne du légataire universel. » (p. 181)

Euh... non!

 

L'auteur tient à la thèse sous-jacente à ses récits, à savoir que la méchanceté est partout, en tous. Méchanceté des mères, en premier lieu (« Je t'aime! »); de la vie en général (« Affaire classée ») ou encore d'un quelconque frère jumeau (« Pierre »), pour pointer les quelques réussites.

 

Truc de ouf : mix funky (avec problemo)

 

On a tous sa petite marotte. La mienne consiste à pester contre notre complaisance envers l'usage des francismes qui, dans ce recueil, pullulent. Je comprends très bien les arguments de ceux qui traquent les anglicismes, mais je ne comprends pas le silence assourdissant entourant cette autre distorsion de la plume, plus pernicieuse (plusieurs n'ont même pas de mot pour la reconnaître, donc s'en défendre).

 

Ainsi, à intervalles réguliers, on lit : «Mec, type, piger, pognon, fric, embrouilles, à perpète, se tirer, se casser, flingue, faire vétérinaire, une cuite, sept heures du mat » et autres « nana », dans les dialogues comme dans la narration. À ceci s'ajoute, dans la narration, une couche d'anglicismes servis quelquefois sans italique, puis une autre couche d’anglicismes, parfois en italique, dans les dialogues (et je ne mentionne pas les ridicules « Mierdo » (p. 75) et « Ma quiera» (p. 79) soi-disant « espagnols », j'imagine...) Ce salmigondis linguistique s'appuie, à de multiples reprises, sur un genre de joual, ce borborygme pseudolangagier qui dit pas c'qui voudrait dire pis qui l'dit mal. La rupture de ton guette le lecteur à chaque ligne. Là où ça devient carrément kafkaïen, c'est quand on tombe sur des mots comme « bacon » (p. 98), « bollé » (p. 98) ou « loft » (p. 173) et qu'on voit qu'ils sont écrits en italiques, alors qu'on se souvient très bien que, par exemple, à la page 72, « cash » entrait sans problème dans la narration, sans italique.

 

¡ Que fucking zarbi, s'tie !

 

[1]    p. 77

Sébastien Lavoie

Hélène Ferland, Une nouvelle chasse l'autre, Montréal, Les éditions Sémaphore, 2010, 200 p., 20,95 $.

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