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Un
fabuleux voyage en Chine
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Max
Férandon nous fait voyager à travers une Chine fort différente
de celle que ses dirigeants ont voulu présenter au monde lors
des derniers Jeux olympiques.
Voyage administratif ou quête du père?
Monsieur Ho a 53 ans et vit à Pékin. Il vient d’être promu
commissaire au recensement. C’est dans le train qui a servi
aux déplacements de Deng Xiaoping que les dirigeants chinois
l’envoient collecter les fiches sur lesquelles 1,3
milliards de Chinois ont répondu à 55 questions, ce qui leur
permettra de tracer le portrait de la Chine actuelle.
Après un premier arrêt à Shanghai, où il constate la folie des
promoteurs immobiliers, le commissaire s’arrête dans des
lieux que le chien de garde qu’on lui a adjoint, M. Xie Xun,
souhaiterait lui voir éviter, des lieux de misère. Le premier
est la prison de Migong, un endroit sordide d’où le directeur
lui-même rêve de s’évader et où les nombreuses exécutions
sont suivies du «démantèlement» rapide des corps dont les
organes sont récupérés à des fins médicales.
Le deuxième est une lointaine campagne où monsieur Ho écoute avec
empathie des paysans trahis par un État qui ne tient pas les
nombreuses promesses qu’il leur a faites, des paysans qu’on
a forcé à délaisser leur terre pour construire une nouvelle
muraille de Chine, appelée la Ligne, un gigantesque chantier où
ils doivent planter un million d’arbrisseaux qui formeront une
barrière de quatre mille kilomètres contre le vent et le
sable, barrière rendue nécessaire par le déboisement et l’érosion
des sols consécutifs à de mauvaises décisions
politiques.
Le troisième est la Mongolie intérieure, une vaste steppe dont le
caractère désertique ne justifie pas la visite d’un
commissaire au recensement. Mais celui qui s’y dirige, au mépris
des ordres de Pékin, n’est plus d’abord un commissaire;
c’est le fils d’un homme arrêté pour délit d’opinion,
en avril 1967, pendant la Révolution culturelle, et condamné
aux travaux forcés dans ce coin reculé du pays. Le voyage est
devenue quête du père.
Roman ou fable?
Même s’il emprunte plusieurs éléments à la réalité, tels les
lieux, les références à la Révolution culturelle, au rejet
des filles, à l’urbanisation galopante, aux récents Jeux
olympiques, etc., le roman s’apparente à une fable, et
celle-ci dénonce la bêtise, la cupidité, la corruption et
l’incompétence de certains dirigeants. Le caractère fabuleux
du roman culmine dans l’épisode de la Mongolie alors que le
train de monsieur Ho, rempli à craquer de fiches de
recensement, tombe en panne devant une gare où il ne passe
aucun train, sur une voie ferrée dont le chef de gare ne sait
ni pourquoi elle a été construite ni où elle mène, une voie
qui symbolise tout à la fois l’incompétence administrative,
l’échec de la Révolution culturelle et le cul-de-sac où
conduit tout abus de pouvoir. Les traverses inusitées (et le
mot n’est pas assez fort!) d’un tronçon de cette voie ferrée
constituent une terrible métaphore des sacrifices humains perpétrés
par des dirigeants soucieux du bien commun mais non du bonheur
individuel. La fable est percutante et, dans l’écriture élégante
de Max Férandon, on croit entendre la courtoisie millénaire
des Chinois.
Josée
Bonneville
 

Max Férandon, Monsieur Ho, Québec, Alto,
2008, 176 p., 20,95$.
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