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Article paru dans le numéro 134, été 2009, de la revue Lettres québécoises (page 19).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un fabuleux voyage en Chine

Max Férandon nous fait voyager à travers une Chine fort différente de celle que ses dirigeants ont voulu présenter au monde lors des derniers Jeux olympiques.

Voyage administratif ou quête du père?

Monsieur Ho a 53 ans et vit à Pékin. Il vient d’être promu commissaire au recensement. C’est dans le train qui a servi aux déplacements de Deng Xiaoping que les dirigeants chinois  l’envoient collecter les fiches sur lesquelles 1,3 milliards de Chinois ont répondu à 55 questions, ce qui leur permettra de tracer le portrait de la Chine actuelle.

Après un premier arrêt à Shanghai, où il constate la folie des promoteurs immobiliers, le commissaire s’arrête dans des lieux que le chien de garde qu’on lui a adjoint, M. Xie Xun, souhaiterait lui voir éviter, des lieux de misère. Le premier est la prison de Migong, un endroit sordide d’où le directeur lui-même rêve de s’évader et où les nombreuses exécutions sont suivies du «démantèlement» rapide des corps dont les organes sont récupérés à des fins médicales. 

Le deuxième est une lointaine campagne où monsieur Ho écoute avec empathie des paysans trahis par un État qui ne tient pas les nombreuses promesses qu’il leur a faites, des paysans qu’on a forcé à délaisser leur terre pour construire une nouvelle muraille de Chine, appelée la Ligne, un gigantesque chantier où ils doivent planter un million d’arbrisseaux qui formeront une barrière de quatre mille kilomètres contre le vent et le sable, barrière rendue nécessaire par le déboisement et l’érosion des sols consécutifs à de mauvaises décisions politiques. 

Le troisième est la Mongolie intérieure, une vaste steppe dont le caractère désertique ne justifie pas la visite d’un commissaire au recensement. Mais celui qui s’y dirige, au mépris des ordres de Pékin, n’est plus d’abord un commissaire; c’est le fils d’un homme arrêté pour délit d’opinion, en avril 1967, pendant la Révolution culturelle, et condamné aux travaux forcés dans ce coin reculé du pays. Le voyage est devenue quête du père.

Roman ou fable?

Même s’il emprunte plusieurs éléments à la réalité, tels les lieux, les références à la Révolution culturelle, au rejet des filles, à l’urbanisation galopante, aux récents Jeux olympiques, etc., le roman s’apparente à une fable, et celle-ci dénonce la bêtise, la cupidité, la corruption et l’incompétence de certains dirigeants. Le caractère fabuleux du roman culmine dans l’épisode de la Mongolie alors que le train de monsieur Ho, rempli à craquer de fiches de recensement, tombe en panne devant une gare où il ne passe aucun train, sur une voie ferrée dont le chef de gare ne sait ni pourquoi elle a été construite ni où elle mène, une voie qui symbolise tout à la fois l’incompétence administrative, l’échec de la Révolution culturelle et le cul-de-sac où conduit tout abus de pouvoir. Les traverses inusitées (et le mot n’est pas assez fort!) d’un tronçon de cette voie ferrée constituent une terrible métaphore des sacrifices humains perpétrés par des dirigeants soucieux du bien commun mais non du bonheur individuel. La fable est percutante et, dans l’écriture élégante de Max Férandon, on croit entendre la courtoisie millénaire des Chinois.

 

Josée Bonneville

Max Férandon, Monsieur Ho, Québec, Alto, 2008, 176 p., 20,95$.

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