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Article paru dans le numéro 135, automne 2009, de la revue Lettres québécoises (pages 33-34).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie immobile

De bons textes, qui sont autant de beaux nuages qui s'accumulent...

Treize ou quatorze nouvelles plutôt denses peuplent ce dernier recueil au ton souvent incisif, centré sur des personnages aux prises avec une existence parfois tragique; avec des affects qui les immobilisent et dont ils ne savent souvent que faire.

C'est une femme qui espionne sa mère afin de lui découvrir une vie secrète et qui réalise que les choses bizarres qu'elle fait sont très éloignées de tout ce qu'ont pu lui suggérer ses fantasmes immatures (« L'effacement »). C'est l'histoire d'une future maman qui doit mettre une croix sur son passé amoureux avant d'écarter les jambes avec félicité... (« Antoine »); d'une fille qui s'est lancée dans les bras d'un homme Pygmalion et dont elle voudrait maintenant se débarrasser (« Le vent »); d'une trentenaire qui fait mine de s'être détournée du rêve de l'homme idéal, de « l'homme de [s]a vie » (p. 67), en se demandant quel amant choisir pour passer son amertume jamais nommée alors que pointe la saison estivale (« Un verre de thé pour une canicule »). C'est aussi la culpabilité d'une mère de famille un peu trop contente des siens et qui aura, en conduisant, cette fraction de seconde d'inattention qui entraînera la mort d'un homme et fera pleurer un chien (« Un danois au printemps », « Le saut de la grenouille » et « Autour d'eux »).

Un bon travail inachevé

Ces dernières nouvelles sont sans doute parmi les plus achevées et les plus émouvantes du recueil. J'ai parlé sarcastiquement de « treize ou quatorze nouvelles » en ouverture... C'est que la quatrième de couverture annonce « treize nouvelles », mais que la « Table » compte quatorze entrées. Cette négligence me semble emblématique du travail de l'éditeur et tend à excuser les quelques maladresses de l'auteure.

Je ne parle pas ici des deux dernières phrases de L'histoire du pépin qui auraient mérité d'être supprimés. Je parle plutôt de détails qui minent le réalisme que l'auteure tente d'établir (un proprio qui augmente de manière faramineuse les loyers et qui inspecte ses locataires afin de trouver des cultures de marijuana (« Immobile », p. 42-43)). Et je pointe aussi cet extrait, surréaliste, où la narratrice invite un ex à souper alors que celui-ci lui propose plutôt un « lunch »... :

Intérieurement, Elissa ne peut s'empêcher de sursauter en entendant ce « grand défenseur » de la langue française incapable de l'inviter à dîner et incapable de parler de « fin de semaine ». (p. 23)

Aimer le français au pays de l'« arrêt-stop » c'est, semble-t-il, préférer des mots de consonance française (des régionalismes attestés par les grands dictionnaires) à deux emprunts à l'anglais, admis et utilisés dans la francophonie depuis longtemps.

Étrange.

Ces considérations mises à part, je dois préciser que (presque) toutes ces nouvelles sont d'un calibre relevées.

 

Sébastien Lavoie

Annie Dulong, Autour d'eux, Montréal, VLB éditeur, 2008, 131 pages, 20,95$.

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