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De bons textes, qui sont
autant de beaux nuages qui s'accumulent...
Treize ou quatorze nouvelles
plutôt denses peuplent ce dernier recueil au ton souvent
incisif, centré sur des personnages aux prises avec une
existence parfois tragique; avec des affects qui les
immobilisent et dont ils ne savent souvent que faire.
C'est une femme qui espionne
sa mère afin de lui découvrir une vie secrète et qui réalise
que les choses bizarres qu'elle fait sont très éloignées de
tout ce qu'ont pu lui suggérer ses fantasmes immatures (« L'effacement »).
C'est l'histoire d'une future maman qui doit mettre une croix
sur son passé amoureux avant d'écarter les jambes avec félicité...
(« Antoine »); d'une fille qui s'est lancée dans
les bras d'un homme Pygmalion et dont elle voudrait maintenant
se débarrasser (« Le vent »); d'une trentenaire qui
fait mine de s'être détournée du rêve de l'homme idéal, de
« l'homme de [s]a vie » (p. 67), en se demandant
quel amant choisir pour passer son amertume jamais nommée alors
que pointe la saison estivale (« Un verre de thé pour une
canicule »). C'est aussi la culpabilité d'une mère de
famille un peu trop contente des siens et qui aura, en
conduisant, cette fraction de seconde d'inattention qui entraînera
la mort d'un homme et fera pleurer un chien (« Un danois
au printemps », « Le saut de la grenouille »
et « Autour d'eux »).
Un bon travail inachevé
Ces dernières nouvelles sont
sans doute parmi les plus achevées et les plus émouvantes du
recueil. J'ai parlé sarcastiquement de « treize ou
quatorze nouvelles » en ouverture... C'est que la quatrième
de couverture annonce « treize nouvelles », mais que
la « Table » compte quatorze entrées. Cette négligence
me semble emblématique du travail de l'éditeur et tend à
excuser les quelques maladresses de l'auteure.
Je ne parle pas ici des deux
dernières phrases de L'histoire du pépin qui auraient mérité
d'être supprimés. Je parle plutôt de détails qui minent le réalisme
que l'auteure tente d'établir (un proprio qui augmente de manière
faramineuse les loyers et qui inspecte ses locataires afin de
trouver des cultures de marijuana (« Immobile », p.
42-43)). Et je pointe aussi cet extrait, surréaliste, où la
narratrice invite un ex à souper alors que celui-ci lui propose
plutôt un « lunch »... :
Intérieurement,
Elissa ne peut s'empêcher de sursauter en entendant ce « grand
défenseur » de la langue française incapable de
l'inviter à dîner et incapable de parler de « fin de
semaine ». (p. 23)
Aimer le français au pays de
l'« arrêt-stop » c'est, semble-t-il, préférer des
mots de consonance française (des régionalismes attestés par
les grands dictionnaires) à deux emprunts à l'anglais, admis
et utilisés dans la francophonie depuis longtemps.
Étrange.
Ces considérations mises à
part, je dois préciser que (presque) toutes ces nouvelles sont
d'un calibre relevées.
Sébastien
Lavoie
Annie
Dulong, Autour d'eux, Montréal, VLB éditeur, 2008, 131
pages, 20,95$.
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