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Dans Écriture, Stephen King disait qu’il
arrive qu’un aspirant-écrivain se rebiffe devant une œuvre
particulièrement mauvaise en s’écriant : « Quoi?
On publie ça? Ce que j’écris en cachette est cent fois
meilleur! » À toutes ces chenilles sur le point d’éclore,
je dis : allez lire Poisons en fleurs.
J'ai cherché longtemps, mais je n'ai pas trouvé trace de canular.
J'ai cherché longtemps des qualités à ce recueil, et je me suis résolu
à vanter un certain vocabulaire, puisque j'ai tout de même
cherché quelques mots dans le dictionnaire, mais je ne cache
pas que je vante cet aspect comme il m'arrive de complimenter la
ponctualité des gens qui ne m'inspirent rien de bon.
En
direct de nulle part
L'auteure est née en France, ça au moins on le
sait, mais on est bien en peine de situer, ne serait-ce que sur
un continent, la plupart de ses vingt-deux histoires. Je veux
bien faire semblant de considérer l'idée qu'en gommant les références
locales, on s'ouvre des possibilités sur le marché
international, mais il y a aussi des limites à
l'assujettissement à des principes abstraits et brumeux,
limites clairement atteintes ici :
[Dans un taxi.]
-
Je vous dépose
à quel endroit?
-
Au magasin
de musique.
-
Lequel,
monsieur?
-
Le plus réputé.
Celui qui vend des instruments de marque et de qualité
professionnelles (p. 119)
Mais me voilà à ergoter alors que je devrais rendre compte de problèmes
plus fondamentaux. Du côté déstructuré de plusieurs
nouvelles, par exemple. Ou d'apartés impromptus, de ruptures de
ton, de personnages ou de situations
qui surgissent comme une roche sur la soupe... Disons que ça splouche
beaucoup. Prenons «La bouteille d'huile d'olive» en exemple.
Celle-là a l'heur d'être située, puisqu'il s'agit d'un
quadragénaire probablement puceau de la Nouvelle-Écosse
qui se met en tête d'« écrire une lettre d'amour à une
inconnue » (p. 96). Il ne boit « ni vin ni bière »
(p. 97) et c'est donc dans une bouteille d'huile d'olive qu'il
confie ses haïkus sentimentaux à l'océan (le projet a évolué
légèrement). Huit ans plus tard, alors que les « grammairiens
se sont enfin entendus sur la féminisation de l'orthographe des
professions » (p. 97), une sculpteure trouve la bouteille
en se piquant le doigt sur un clou rouillé. Le docteur, qui lui
fait une injection contre le tétanos, lui trouve un
air pâlot et la convainc de passer quelques tests. Puis, elle
prend contact avec ce puceau qui a piqué sa curiosité, le
rejoint et ils passent l'essentiel des pages à se rapprocher du
moment des mamours... Ce moment venu, elle retourne chez elle,
prétextant des obligations professionnelles, où elle trouve
une lettre de son médecin qui lui annonce qu'elle a le sida.
Fin. Voilà de quoi réveiller l'adolescent en nous :
Rapport?
Pour tout dire, on croise même en ces pages un bon sauvage, un Africain
qui répond dans un très beau nègre à une petite fille qui
lui demande s'il sait lire : « Les mots sur le papier
brûlent tel un feu de brousse, mais les paroles mêlées au
souffle instruisent d'homme à homme. » (p. 140)
Il faudrait aussi
parler des personnages qui ont une trop bonne mémoire, des rêves
hyperréalistes, des clichés qui s'incarnent de toutes les manières
possibles... mais je n’en jetterai plus, car la cour est dans
l’état que vous constatez.
Sébastien
Lavoie
X
Claudine Dugué,
Poisons en fleurs, Triptyque, Montréal, 155 p., 19,00 $
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