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Les
bons sentiments ne font pas de la bonne littérature, c’est
bien connu. Cloître
d’octobre en regorge pourtant, comme si Claudine Ducasse
avait méconnu cette maxime élémentaire.
Clarisse
a été dépossédée de son enfance. Quand elle n’avait que
neuf ans, son père, un routier, est mort dans un accident de la
route. Elle a alors été obligée de s’occuper de sa petite
soeur Odile, âgée de quatre ans, et de sa mère, trop névrosée
et désemparée pour le faire elle-même. Plus tard, lorsque sa
mère s’est remariée avec un «désaxé sexuel» (p. 72),
elle a vécu des années très noires qui se sont terminées,
quand elle avait seize ans, par un terrible drame que je m’en
voudrais de vous révéler puisque Claudine Ducasse a le mérite
de ménager un suspense en ne le dévoilant que petit à petit.
C’est d’ailleurs là la principale qualité de son roman qui
débute lorsque Clarisse, trente ans après le drame,
quitte le couvent où elle s’était réfugiée en devenant
religieuse. Elle revient au village de son enfance, l’Anse-aux-Genièvres,
et affronte enfin ses démons.
Une histoire édulcorée
Claudine
Ducasse tenait une bonne histoire, mais elle l’a édulcorée.
Ainsi, c’est presque par enchantement que Clarisse retrouve la
quiétude, à la suite d’une conversation avec une vieille
dame très sage qui lui assène de grandes (!) vérités dignes
du premier livre de psycho-pop venu: «[…] les gens sans
enfance sont inconfortables dans leur peau et grandissent avec
le mal de vivre» (p. 76); «Ce n’est pas parce que l’on
veut les oublier que les fêlures de l’âme s’effacent.»
(p. 79); «Derrière le plus grand psychopathe, n’y a-t-il pas
eu un enfant malheureux»? (p. 87), etc. Les personnages sont
tout d’une pièce et manquent de nuances. Ainsi, Grand-mère
Clovis et Dame Anna-Louise sont toutes deux de très bonnes
dames… de très très bonnes dames. Ducasse ne laisse pas
vivre ses personnages; elle les explique. «Je nourrissais ma
rage, […] » (p. 104), explique calmement Basile à Clarisse.
De la rage, vraiment? Cet ami d’enfance de Clarisse, censé
avoir une «âme rebelle» (p. 93), apparaît plutôt docile et
sage. Si certains passages sont réussis, d’autres sont
maladroits. Le style se veut poétique, mais certaines métaphores
sont lourdes ou trop convenues: «Le silence […] avale l’écho
de mes cris.» (p. 30); «[…] c’est ici que leurs mauvaises
expériences s’étaient heurtées aux barricades de la bonté,
neutralisant la méchanceté tout aussi intrinsèque à l’être
humain.» (p. 119) Ouf!
Josée
Bonneville
Claudine Ducasse, Cloître d’octobre,
Ottawa, Les Éditions David, 2005, 128 pages, 15,00$.
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