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Article paru dans le numéro 120, hiver 2005, de la revue Lettres québécoises (page 18).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

B pour bons sentiments

Les bons sentiments ne font pas de la bonne littérature, c’est bien connu.  Cloître d’octobre en regorge pourtant, comme si Claudine Ducasse avait méconnu cette maxime élémentaire.

 

Clarisse a été dépossédée de son enfance. Quand elle n’avait que neuf ans, son père, un routier, est mort dans un accident de la route. Elle a alors été obligée de s’occuper de sa petite soeur Odile, âgée de quatre ans, et de sa mère, trop névrosée et désemparée pour le faire elle-même. Plus tard, lorsque sa mère s’est remariée avec un «désaxé sexuel» (p. 72), elle a vécu des années très noires qui se sont terminées, quand elle avait seize ans, par un terrible drame que je m’en voudrais de vous révéler puisque Claudine Ducasse a le mérite de ménager un suspense en ne le dévoilant que petit à petit. C’est d’ailleurs là la principale qualité de son roman qui débute lorsque Clarisse, trente ans après le drame, quitte le couvent où elle s’était réfugiée en devenant religieuse. Elle revient au village de son enfance, l’Anse-aux-Genièvres, et affronte enfin ses démons. 

Une histoire édulcorée

Claudine Ducasse tenait une bonne histoire, mais elle l’a édulcorée. Ainsi, c’est presque par enchantement que Clarisse retrouve la quiétude, à la suite d’une conversation avec une vieille dame très sage qui lui assène de grandes (!) vérités dignes du premier livre de psycho-pop venu: «[…] les gens sans enfance sont inconfortables dans leur peau et grandissent avec le mal de vivre» (p. 76); «Ce n’est pas parce que l’on veut les oublier que les fêlures de l’âme s’effacent.» (p. 79); «Derrière le plus grand psychopathe, n’y a-t-il pas eu un enfant malheureux»? (p. 87), etc. Les personnages sont tout d’une pièce et manquent de nuances. Ainsi, Grand-mère Clovis et Dame Anna-Louise sont toutes deux de très bonnes dames… de très très bonnes dames. Ducasse ne laisse pas vivre ses personnages; elle les explique. «Je nourrissais ma rage, […] » (p. 104), explique calmement Basile à Clarisse. De la rage, vraiment? Cet ami d’enfance de Clarisse, censé avoir une «âme rebelle» (p. 93), apparaît plutôt docile et sage. Si certains passages sont réussis, d’autres sont maladroits. Le style se veut poétique, mais certaines métaphores sont lourdes ou trop convenues: «Le silence […] avale l’écho de mes cris.» (p. 30); «[…] c’est ici que leurs mauvaises expériences s’étaient heurtées aux barricades de la bonté, neutralisant la méchanceté tout aussi intrinsèque à l’être humain.» (p. 119) Ouf! 

Josée Bonneville

Claudine Ducasse, Cloître d’octobre, Ottawa, Les Éditions David, 2005, 128 pages, 15,00$.

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