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Article paru dans le numéro 125, printemps 2007, de la revue Lettres québécoises (page 21).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un loup-garou moderne

La fille du titre suscite une fascination morbide, qui s’émousse cependant à la lecture.

 

Une histoire terrifiante

L’histoire de cette fille, Geneviève Paradis, est terrifiante. Geneviève vit avec son amoureux, Thomas Lacroix, dans une vieille maison isolée, au bout d’un rang. Souvent comparée à un chat, un coyote, un renard et j’en passe, elle adopte, la nuit, une démarche et un comportement d’animal: elle piste des proies, les attrape et… les mange. Inconsciente de sa métamorphose, elle oublie par la suite ce qu’elle vient de vivre et s’étonne des carcasses d’animaux qui s’accumulent près de la grange. Thomas, de son côté, même s’il perçoit des indices de la folie de sa bien-aimée, en mésestime l’importance. Le dicton «l’amour est aveugle» n’aura jamais été si bien illustré. Un événement terrifiant l’obligera cependant à voir brusquement la vérité en face.

Un thème fascinant

Le thème de la métamorphose d’un être humain en animal, et en particulier en loup, n’est pas nouveau, mais il reste toujours fascinant. Dans notre littérature orale, plus d’un mécréant n’ayant pas fait ses pâques pendant sept ans a été transformé en loup-garou. Geneviève, d’ailleurs, à une reprise, se désigne elle-même comme une «louve garou» (p. 111). Cette association est d’autant plus pertinente que l’interdit moral, tout comme dans la tradition orale, est présent dans le roman, par l’intermédiaire de la mère de Thomas qui est très religieuse et n’accepte pas que son fils vive en concubinage, c’est-à-dire en état de péché.

Une écriture mal adaptée au propos

J’aurais cependant aimé que l’écriture soit au diapason de la folie de Geneviève, qu’elle soit adaptée à la démesure du propos. Trois narrateurs entrecroisent leurs voix dans le récit: Thomas, Debra, une voisine autochtone, et Geneviève elle-même. Or, Geneviève apparaît très rationnelle, alors que j’aurais aimé sentir sa folie jusque dans sa manière de raconter. La rareté des dialogues accentue cette impression.

Par ailleurs, l’invraisemblance de son histoire obligeait Louise Dubuc à la «tricoter serrée» pour que le lecteur embarque. Or, plusieurs éléments m’ont plutôt fait décrocher. Par exemple, il apparaît difficile de concilier la totale incapacité de Geneviève à vivre à société ainsi que le grand retard de son développement moteur, intellectuel et affectif, dans son très jeune âge, avec le fait qu’elle ait fait des études et soit traductrice au ministère de l’Environnement. Le personnage de Debra, par ailleurs, manque de consistance. Son rôle de témoin des événements est pourtant primordial. Il est rendu nécessaire par le fait que Geneviève n’a pas conscience de ce qu’elle vit et que Thomas préfère jouer à l’autruche, mais tout ce qui la concerne - ses références aux esprits, qui tournent court, son attitude de la fin du roman et jusqu’à la langue qu’elle emploie- m’est apparu factice.

Bref, le roman de Louise Dubuc ne manque pas d’intérêt, mais il n’évite pas certaines maladresses qui ont quelque peu gâché mon plaisir.

 

Josée Bonneville

Louise Dubuc, La fille de l’Ouest, Montréal, Leméac, 2006, 168 p., 18,95$.

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