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La
fille du titre suscite une fascination morbide, qui s’émousse
cependant à la lecture.
Une histoire terrifiante
L’histoire de cette fille, Geneviève Paradis, est terrifiante. Geneviève
vit avec son amoureux, Thomas Lacroix, dans une vieille maison
isolée, au bout d’un rang. Souvent comparée à un chat, un
coyote, un renard et j’en passe, elle adopte, la nuit, une démarche
et un comportement d’animal: elle piste des proies, les
attrape et… les mange. Inconsciente de sa métamorphose, elle
oublie par la suite ce qu’elle vient de vivre et s’étonne
des carcasses d’animaux qui s’accumulent près de la grange.
Thomas, de son côté, même s’il perçoit des indices de la
folie de sa bien-aimée, en mésestime l’importance. Le dicton
«l’amour est aveugle» n’aura jamais été si bien illustré.
Un événement terrifiant l’obligera cependant à voir
brusquement la vérité en face.
Un thème fascinant
Le thème de la métamorphose d’un être humain en animal, et en
particulier en loup, n’est pas nouveau, mais il reste toujours
fascinant. Dans notre littérature orale, plus d’un mécréant
n’ayant pas fait ses pâques pendant sept ans a été
transformé en loup-garou. Geneviève, d’ailleurs, à une
reprise, se désigne elle-même comme une «louve garou» (p.
111). Cette association est d’autant plus pertinente que
l’interdit moral, tout comme dans la tradition orale, est présent
dans le roman, par l’intermédiaire de la mère de Thomas qui
est très religieuse et n’accepte pas que son fils vive en
concubinage, c’est-à-dire en état de péché.
Une écriture mal adaptée au propos
J’aurais cependant aimé que l’écriture soit au diapason de la folie
de Geneviève, qu’elle soit adaptée à la démesure du
propos. Trois narrateurs entrecroisent leurs voix dans le récit:
Thomas, Debra, une voisine autochtone, et Geneviève elle-même.
Or, Geneviève apparaît très rationnelle, alors que j’aurais
aimé sentir sa folie jusque dans sa manière de raconter. La
rareté des dialogues accentue cette impression.
Par ailleurs, l’invraisemblance de son histoire obligeait Louise Dubuc
à la «tricoter serrée» pour que le lecteur embarque. Or,
plusieurs éléments m’ont plutôt fait décrocher. Par
exemple, il apparaît difficile de concilier la totale incapacité
de Geneviève à vivre à société ainsi que le grand retard de
son développement moteur, intellectuel et affectif, dans son très
jeune âge, avec le fait qu’elle ait fait des études et soit
traductrice au ministère de l’Environnement. Le personnage de
Debra, par ailleurs, manque de consistance. Son rôle de témoin
des événements est pourtant primordial. Il est rendu nécessaire
par le fait que Geneviève n’a pas conscience de ce qu’elle
vit et que Thomas préfère jouer à l’autruche, mais tout ce
qui la concerne - ses références aux esprits, qui tournent
court, son attitude de la fin du roman et jusqu’à la langue
qu’elle emploie- m’est apparu factice.
Bref, le roman de Louise Dubuc ne manque pas d’intérêt, mais il n’évite
pas certaines maladresses qui ont quelque peu gâché mon
plaisir.

Josée Bonneville
Louise Dubuc, La fille de l’Ouest, Montréal,
Leméac, 2006, 168 p., 18,95$.
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