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Marie
et David ne
fument pas, ne
boivent
pas et ne baisent pas,
mais comme les héros de Kerouac, ils sont on the road.
Marie et David partent un jour sur le pouce. À ceux qui leur
demandent où ils vont, ils répondent: «Plus loin». Le roman
ne renferme aucun repère spatiotemporel précis. La montre de
Marie est brisée, et nos deux voyageurs ne possèdent pas de
carte routière et n’arrivent jamais à lire les panneaux
routiers. Les mots qui désignent les lieux sont vagues -
la ville, par là, dans le coin - et le temps n’est marqué
que par l’alternance des nuits et des jours et par celle des
saisons. Impossible de préciser la durée de leur périple. On
ne sait pas davantage pourquoi ils sont partis, si leur voyage
est une quête ou, au contraire, une fuite.
Une fable
Cette indétermination apparente le roman à une fable ou à un conte
construit à partir de la vie quotidienne des deux pouceux :
ils attendent le long de la route, montent dans un véhicule,
discutent avec son ou ses occupants, descendent et recommencent.
Ils ont faim et soif, chaud ou froid, ils s’inquiètent de la
température, de la durée de leur attente, de l’endroit où
ils vont pouvoir planter leur tente, etc. Ils réfléchissent
aussi à leur mode de vie, ce qui donne lieu à d’intéressants
passages sur l’attitude à adopter pour inciter un
automobiliste à s’arrêter, sur l’identité de ceux qui les
font monter (en général, d’anciens pouceux), sur
l’importance de faire la conversation et d’être aimable,
sur le rapport de pouvoir entre le propriétaire du véhicule et
les pouceux, etc.
Des personnages caricaturaux
Comme dans une fable, les personnages sont esquissés à gros traits.
Tout au long du voyage, une trentaine de véhicules s’arrêtent
- plusieurs avec des passagers -, ce qui suppose un très grand
nombre de personnages. Comme ceux-ci n’apparaissent que le
temps d’un lift, ils ne peuvent être ni nuancés ni
approfondis. Leur principal intérêt est de constituer un échantillon
très diversifié de la race humaine et d’être souvent
cocasses ou étonnants. Chacun s’exprime selon le niveau de
langue qui lui convient, et les dialogues sont très réussis.
Marie et David eux-mêmes se résument à quelques traits. Ils sont très
différents l’un de l’autre. Marie, très fleur bleue, est
d’une naïveté parfois déconcertante. Elle croit qu’il
suffit de faire de la visualisation pour obtenir ce que l’on
veut et elle s’extasie volontiers devant des pseudo-vérités
à saveur psycho-pop. David trouve qu’elle vit dans un «monde
de féerie» (p. 121). Beaucoup plus réaliste qu’elle, il est
volontiers sceptique, et les inepties l’horripilent. Quand
Marie dit que l’encens chasse les mauvaises énergies, il répond
qu’il lui donne mal au cœur. Ils s’ostinent souvent,
mais ils ne peuvent se passer l’un de l’autre.
Au bout du compte, je me questionne sur la finalité de ce récit qui
aurait pu se prolonger indéfiniment puisqu’il n’y a pas de
fil d’arrivée. Créer une métaphore de la vie : le
voyage seul importe, il est semé d’embûches, mais il faut
tout de même avancer et aller plus loin? Cela me semble bien
mince. Le récit est inventif, il est vrai, mais il me laisse
sur ma faim. J’aurais aimé qu’il aille plus loin.
Josée
Bonneville
 
David Dorais et Marie-Ève Mathieu, Plus loin, Montréal, Boréal,
2008, 312 p., 27,95$.
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