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Article paru dans le numéro 133, printemps 2009, de la revue Lettres québécoises (page 20).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un road novel

Marie et David ne fument pas, ne boivent pas et ne baisent pas, mais comme les héros de Kerouac, ils sont on the road.

Marie et David partent un jour sur le pouce. À ceux qui leur demandent où ils vont, ils répondent: «Plus loin». Le roman ne renferme aucun repère spatiotemporel précis. La montre de Marie est brisée, et nos deux voyageurs ne possèdent pas de carte routière et n’arrivent jamais à lire les panneaux routiers. Les mots qui désignent les lieux sont vagues - la ville, par là, dans le coin - et le temps n’est marqué que par l’alternance des nuits et des jours et par celle des saisons. Impossible de préciser la durée de leur périple. On ne sait pas davantage pourquoi ils sont partis, si leur voyage est une quête ou, au contraire, une fuite.

Une fable

Cette indétermination apparente le roman à une fable ou à un conte construit à partir de la vie quotidienne des deux pouceux : ils attendent le long de la route, montent dans un véhicule, discutent avec son ou ses occupants, descendent et recommencent. Ils ont faim et soif, chaud ou froid, ils s’inquiètent de la température, de la durée de leur attente, de l’endroit où ils vont pouvoir planter leur tente, etc. Ils réfléchissent aussi à leur mode de vie, ce qui donne lieu à d’intéressants passages sur l’attitude à adopter pour inciter un automobiliste à s’arrêter, sur l’identité de ceux qui les font monter (en général, d’anciens pouceux), sur l’importance de faire la conversation et d’être aimable, sur le rapport de pouvoir entre le propriétaire du véhicule et les pouceux, etc.

Des personnages caricaturaux

Comme dans une fable, les personnages sont esquissés à gros traits. Tout au long du voyage, une trentaine de véhicules s’arrêtent - plusieurs avec des passagers -, ce qui suppose un très grand nombre de personnages. Comme ceux-ci n’apparaissent que le temps d’un lift, ils ne peuvent être ni nuancés ni approfondis. Leur principal intérêt est de constituer un échantillon très diversifié de la race humaine et d’être souvent cocasses ou étonnants. Chacun s’exprime selon le niveau de langue qui lui convient, et les dialogues sont très réussis.

Marie et David eux-mêmes se résument à quelques traits. Ils sont très différents l’un de l’autre. Marie, très fleur bleue, est d’une naïveté parfois déconcertante. Elle croit qu’il suffit de faire de la visualisation pour obtenir ce que l’on veut et elle s’extasie volontiers devant des pseudo-vérités à saveur psycho-pop. David trouve qu’elle vit dans un «monde de féerie» (p. 121). Beaucoup plus réaliste qu’elle, il est volontiers sceptique, et les inepties l’horripilent. Quand Marie dit que l’encens chasse les mauvaises énergies, il répond qu’il lui donne mal au cœur. Ils s’ostinent souvent, mais ils ne peuvent se passer l’un de l’autre.

Au bout du compte, je me questionne sur la finalité de ce récit qui aurait pu se prolonger indéfiniment puisqu’il n’y a pas de fil d’arrivée. Créer une métaphore de la vie : le voyage seul importe, il est semé d’embûches, mais il faut tout de même avancer et aller plus loin? Cela me semble bien mince. Le récit est inventif, il est vrai, mais il me laisse sur ma faim. J’aurais aimé qu’il aille plus loin.

 

Josée Bonneville

David Dorais et Marie-Ève Mathieu, Plus loin, Montréal, Boréal, 2008, 312 p., 27,95$.

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