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Quatorze
histoires sombrement fantastiques
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Le
titre de ce recueil renvoie à un lieu fixe, le cabinet, mais
c'est de curiosités dont il est surtout question ici.
Cinq
des sept nouvelles déjà publiées en revues l'ont été dans Solaris
et c'est à l'enseigne de ce dernier genre, le fantastique,
que loge la moitié de ces histoires. Ce n'est pas un genre vers
lequel je me tourne spontanément, et c'est sans doute pourquoi
la première moitié du recueil, moins apparentée au
fantastique, m'a davantage séduit que la seconde. La toute
première nouvelle est tout de même représentative de
l'ensemble. « La gemme noire » est l'histoire d'un
quidam qui achète, dans une librairie usagée, un livre
quelconque à la couverture « laide, criarde, avec des
bouches ouvertes et des armes rutilantes. » (p. 12) Il le
consomme, le remise, puis y revient quelque temps plus tard
quand...
Soudain, je suis tombé sur un passage
qui, à la première lecture, aurait dû m'étonner, mais dont
je ne gardais aucun souvenir. N'est-ce pas l'un des bonheurs de
la relecture que de ne jamais lire deux fois le même livre? La
flamme de notre conscience est vacillante, elle n'éclaire pas
toujours les mêmes recoins du texte; [...] il existe toujours
de petites allées que l'on doit nécessairement avoir empruntées,
mais qui restent couvertes d'ombre et que parfois l'on (re)découvre.
(p. 13)
Or,
la malédiction du livre, le narrateur le découvrira bien vite,
c'est que son contenu est systématiquement contaminé par les
livres qu'il voisine... disons simplement que cette proposition
m'a laissé songeur devant ma bibliothèque.
La
deuxième nouvelle, qui est en fait un conte noir, est
excellemment menée; j'en ai compris que le père « Lustukru? »
mangeait les petits enfants pour vrai, finalement. « Le
petit Noël aux marionnettes », la troisième nouvelle,
est d'un tout autre registre. C’est un drame grandiose et
poignant, fort bien mené. Puis, c'est par la petite porte, la
maladie mentale, que le nouvelliste nous convie ensuite avec
plus d'insistance dans le domaine du fantastique, avec deux
nouvelles où un adepte du satanisme raconte d'abord, dans un récit
à l'oralité un poil forcée, comment il a compris que sa
compagne s'était retrouvée enceinte d'une entité (« L'incube »)
et où une mère de famille pressent qu'un malheur surviendra
dans sa nouvelle maison (« La disparition »).
Érudition,
style suranné et descriptions surabondantes
On
sent David Dorais à l'aise dans plusieurs formes de récits qui
se déroulent un peu partout en Occident, à différentes époques,
et on est séduit par son érudition. Sa prose, par ailleurs, a
quelque chose de très classique, charmante au premier abord,
mais agaçante à la longue. Sa langue est extrêmement précise
et m'a renvoyé au dictionnaire souventes fois (gerfaut,
lapidaire (le nom commun), chrême, axolotl, cénotaphes,
oubloyeur...). Cependant, comme dans la vieille prose dont il s'inspire,
il semble incapable de réfréner son envie de tout décrire,
plombant ici une atmosphère et nuisant là à un rythme. C'est
particulièrement probant dans Das Spukhaus. Fallait-il
vraiment décrire chacune des vingt maisons hantées? Je me suis
pris à de nombreuses reprises à songer que David Dorais
pourrait être un grand écrivain s'il arrêtait de faire l'écrivain...
Sébastien
Lavoie
 
David Dorais, Le cabinet des curiosités, Québec, Les éditions de L'instant même, 2010, 228 p.
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