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Article paru dans le numéro 142, été 2011, de la revue Lettres québécoises (pages 35-36).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quatorze histoires sombrement fantastiques

Le titre de ce recueil renvoie à un lieu fixe, le cabinet, mais c'est de curiosités dont il est surtout question ici.

 

Cinq des sept nouvelles déjà publiées en revues l'ont été dans Solaris et c'est à l'enseigne de ce dernier genre, le fantastique, que loge la moitié de ces histoires. Ce n'est pas un genre vers lequel je me tourne spontanément, et c'est sans doute pourquoi la première moitié du recueil, moins apparentée au fantastique, m'a davantage séduit que la seconde. La toute première nouvelle est tout de même représentative de l'ensemble. « La gemme noire » est l'histoire d'un quidam qui achète, dans une librairie usagée, un livre quelconque à la couverture « laide, criarde, avec des bouches ouvertes et des armes rutilantes. » (p. 12) Il le consomme, le remise, puis y revient quelque temps plus tard quand...

 

Soudain, je suis tombé sur un passage qui, à la première lecture, aurait dû m'étonner, mais dont je ne gardais aucun souvenir. N'est-ce pas l'un des bonheurs de la relecture que de ne jamais lire deux fois le même livre? La flamme de notre conscience est vacillante, elle n'éclaire pas toujours les mêmes recoins du texte; [...] il existe toujours de petites allées que l'on doit nécessairement avoir empruntées, mais qui restent couvertes d'ombre et que parfois l'on (re)découvre. (p. 13)

 

Or, la malédiction du livre, le narrateur le découvrira bien vite, c'est que son contenu est systématiquement contaminé par les livres qu'il voisine... disons simplement que cette proposition m'a laissé songeur devant ma bibliothèque.

 

La deuxième nouvelle, qui est en fait un conte noir, est excellemment menée; j'en ai compris que le père « Lustukru? » mangeait les petits enfants pour vrai, finalement. « Le petit Noël aux marionnettes », la troisième nouvelle, est d'un tout autre registre. C’est un drame grandiose et poignant, fort bien mené. Puis, c'est par la petite porte, la maladie mentale, que le nouvelliste nous convie ensuite avec plus d'insistance dans le domaine du fantastique, avec deux nouvelles où un adepte du satanisme raconte d'abord, dans un récit à l'oralité un poil forcée, comment il a compris que sa compagne s'était retrouvée enceinte d'une entité (« L'incube ») et où une mère de famille pressent qu'un malheur surviendra dans sa nouvelle maison (« La disparition »).

 

Érudition, style suranné et descriptions surabondantes

 

On sent David Dorais à l'aise dans plusieurs formes de récits qui se déroulent un peu partout en Occident, à différentes époques, et on est séduit par son érudition. Sa prose, par ailleurs, a quelque chose de très classique, charmante au premier abord, mais agaçante à la longue. Sa langue est extrêmement précise et m'a renvoyé au dictionnaire souventes fois (gerfaut, lapidaire (le nom commun), chrême, axolotl, cénotaphes, oubloyeur...). Cependant, comme dans la vieille prose dont il s'inspire, il semble incapable de réfréner son envie de tout décrire, plombant ici une atmosphère et nuisant là à un rythme. C'est particulièrement probant dans Das Spukhaus. Fallait-il vraiment décrire chacune des vingt maisons hantées? Je me suis pris à de nombreuses reprises à songer que David Dorais pourrait être un grand écrivain s'il arrêtait de faire l'écrivain...

 

Sébastien Lavoie

David Dorais, Le cabinet des curiosités, Québec, Les éditions de L'instant même, 2010, 228 p.

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