|
Fils
du Che et petit-fils de mémelles
|
Louise
Desjardins met en scène des personnages qui veulent sauver le
monde, mais
n’arrivent pas à rendre leurs enfants heureux.
Le
fils du Che, c’est Alex, un garçon de presque 14 ans qui vit
seul avec sa mère, Angèle, et qui n’a pas connu son père.
Il déteste sa mère à qui il reproche de ne pas lui parler de
son père et de ne pas être une mère comme les autres. Angèle,
de son côté, reconnaît qu’elle n’est pas une bonne mère.
Éternelle étudiante, elle vit de l’aide sociale et
n’arrive pas à devenir une adulte. Jusqu’à il y a un an et
demi, elle vivait encore chez ses parents, Anita et Raoûl. Il a
fallu que son père tombe gravement malade pour que sa mère la
mette à la porte et qu’elle se trouve un logement… de
l’autre côté de la rue. Elle rêve d’aller faire de
l’aide humanitaire dans quelque pays du Tiers-monde, mais
n’arrive pas à communiquer avec son fils qui, lui, a un
comportement inquiétant: il ne parle presque pas, longe les
murs de l’école, s’arrache les cils. Il ne communique
qu’avec une camarade de classe, Lola, et ne le fait que par
courrier électronique.
Des
parents inadéquats
Le
fils du Che met en scène des personnages incapables
d’assumer leur rôle de parents. Les deux mères du roman, Angèle
et Anita, sont toutes deux inadéquates, bien que pour des
raisons opposées: Angèle n’en fait pas assez et Anita en
fait trop. Jusqu’à ce qu’elle se retrouve seule avec Alex,
Angèle a laissé à ses parents le soin d’élever son fils.
Anita, de son côté, a trop couvé ses enfants et s’est décidée
trop tard à les pousser hors du nid familial. Il est
d’ailleurs significatif que les deux mères se mettent en colère
quand leurs enfants les appellent maman. Quant au père d’Alex,
Miguel, il a abandonné Angèle dès qu’il a su qu’elle était
enceinte. Il faut dire qu’il était bien embêté, le pauvre,
lui dont la femme est tombée enceinte en même temps qu’Angèle.
Le
Che et les marxistes-léninistes
Le
Che, dans ce contexte, apparaît comme le père mythique. Durant
toute son enfance, Alex a vu sa photo sur tous les murs de la
maison de ses grands-parents, des militants de gauche. Il en
possède lui-même un énorme poster (donné par sa grand-mère).
Ce sont donc les traits de ce super héros que, tout
naturellement, il prête au père qu’il désire tant connaître.
Si
le roman est l’occasion, pour Louise Desjardins, de
questionner les relations parents-enfants, il lui permet aussi
de faire ressortir les contradictions vécues par les mémelles
(m.-l.), ces marxistes-léninistes convaincus qui «étaient athées,
mais […] pratiquaient la plus exigeante des religions, celle
du militantisme aveugle» (p. 128). Sa critique reste cependant
en surface. Quand elle dit qu’Angèle, enfant, qui les a
souvent entendus déblatérer contre le mouvement rival, la
Ligue, ne comprenait pas «pourquoi ils étaient […] si
combatifs entre eux, alors que leur but était de créer de
l’harmonie entre les couches sociales» (p.102), elle répète
une critique maintes fois entendue. L’intérêt du roman est
ailleurs. Il est dans le contraste entre l’idéalisme des
personnages et leur banale humanité, entre leur désir de
sauver le monde et leur inaptitude à se sauver eux-mêmes,
entre leur amour du monde et leur maladresse à aimer leurs
enfants.
Josée
Bonneville
 

Louise Desjardins, Le fils du Che, Montréal,
Boréal, 2008, 176 p., 19,95$.
|