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Le
souvenir comme moteur de l’écriture
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La
narratrice fait revivre avec brio sa jeunesse en Roumanie.
Le roman se termine sur l’exil de la narratrice, Angela, qui, à 24
ans, quitte son pays natal, la Roumanie, de manière définitive.
Elle va rejoindre ses parents réfugiés à Calgary depuis un an
et demi. Dans les jours qui ont précédé son départ, elle a
subi un avortement fort difficile qui a entraîné une
infertilité permanente. Le titre renvoie à ces deux «interruptions
définitives», celle de la grossesse et celle de la vie en
Roumanie, et l’avortement apparaît comme une métaphore de
l’exil.
Une jeunesse bien remplie
Angela raconte sa jeunesse en Roumanie entourée de son père barbier, de
sa mère coiffeuse, de sa tante Éléna, adultère et
excentrique, de ses grands-mères Maria, contrôleuse dans une
fabrique de textiles, et Elisaveta, qui occupe ses vieux jours
à confectionner un tapis à chacun de ses enfants et
petits-enfants. Sa vie tourne principalement autour de deux
axes: ses études et sa vie amoureuse. La jeune Angela aime
apprendre et a des intérêts divers qui l’amènent à suivre
des cours de langue (l’allemand, l’espagnol, l’anglais, le
latin), de peinture, d’histoire de l’art, de littérature,
de ballet et d’hôtellerie. À douze ans, elle connaît à la
fois ses premiers émois amoureux et l’interdit paternel qui
cherche à les mater. Son appétit sexuel est dès lors alimenté
par le désir de «découvrir ce qui se trouv[e] à la source de
cette haine indomptable, violente, grossière et obscène que
[son] père vou[e] à [sa] sexualité» (p. 63).
L’inaccessibilité des moyens contraceptifs, dans son pays,
entraîne des grossesses qui obligent Angela à recourir à
plusieurs avortements douloureux parce que pratiqués dans la
clandestinité d’une Roumanie qui les a déclarés illégaux.
Un
pays communiste
Toute vie privée s’inscrivant forcément dans une société qui la détermine
en partie, c’est toute la Roumanie communiste des années
soixante et soixante-dix qu’Angela fait revivre, ce qui s’avère
fort intéressant. Au fil des pages, elle évoque la
nationalisation des biens privés, la sujétion de l’art à
l’idéologie, le contrôle des ouvriers, l’espionnage des «ennemis
du peuple» (p. 124) potentiels, les travaux forcés dans les
coopératives agricoles, la nécessité d’employer un «langage
chiffré» (p. 163), au téléphone, pour déjouer la
surveillance et, ultimement, la quasi impossibilité d’échapper
à cette vie imprégnée d’une «tristesse collective, étouffée»
(p. 154). Au moment de devoir choisir un métier ou une
profession, Angela note: «Aucun métier, aucune profession,
aucun mode de vie n’offraient la garantie de pouvoir, un tant
soit peu, vivre à l’abri de l’idéologie et de sa
quotidienne, inlassable, obligatoire mise en pratique» (p.
110).
Une écriture élégante
L’inversion des épithètes, dans la phrase qui précède, est assez
représentative de la manière de l’auteure, qui aime bien
jouer avec la syntaxe et le fait avec une grande virtuosité.
Attentive aux moindres détails, elle sait décrire avec précision
et vivacité autant un trolleybus bondé qu’une colonne de
cendres qui s’allonge au bout d’une cigarette. Sa phrase,
souvent longue, et parfois même très longue, suit des méandres
dont le parcours parfois sinueux est, par ailleurs, fort bien maîtrisé.
Josée
Bonneville
  
Angela Cozea, Interruptions définitives,
Montréal, Héliotrope, 2006, 202 p., 24,95$
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