L'association
compte quelque 120 membres « titulaires » et
plusieurs dizaines de membres « associés ». Les
premiers ont déjà publié au moins un titre, les seconds y
aspirent et ce sont souvent eux, minoritaires, qui se tirent
le plus mal de l'exercice. Vingt-quatre auteurs, c'est
vingt-quatre pieds de nez à toute tentative de généralisation.
Disons simplement que les auteurs qui ont touché au drame
n'ont pas toujours su le faire sans gros sabots, alors que
les quelques rieurs ont su me mettre entièrement de leur
bord.
Stéphane
Albert Boulais, celui qui mourut et le vieux réac
Pourquoi
diantre n'ai-je jamais entendu ce nom-là avant? Ce qu'il
nous livre ici m'a donné envie de me garrocher chez mon
libraire. Cette nouvelle, (« « Lui » »),
est le seul conte du recueil, un conte mystique, profondément
chrétien par le fond, mais où le Malin n'y est pas.
« Aux
confins du nord de l'Outaouais » (p. 59), à
l'Halloween, un étranger « bizarrement habillé,
curieusement coiffé, droit comme une sentinelle » (p.
59) traverse un village, grimpe sur le palier d'une église
luthérienne et s'y fige avec « dans ses mains un
navet traversé d'un long cierge allumé » (p. 59).
Chaque jour, il revient, se déshabillant deçà delà.
« Au rythme où il va, il sera complètement nu à Noël! »
(p. 62) Ce texte a certaines des qualités qui me font tant
aimer Fred
Pellerin. J'ai aimé la truculence de la
narration, compris quelques-unes des 95 thèses de Luther,
et j’ai particulièrement apprécié l'excellence de
l'auteur dans le maniement de la comparaison ainsi que sa
manière de faire image :
Ce
sourire fut si inquiétant que même les nuages qu'avaient
sculptés autrefois le Signore Gargantini dans la mandorle
de la Vierge se réfléchirent tout ballonnés dans les
grands yeux bleus du célébrant qui, dès lors, proféra
des paroles comme vent d'amont. (p. 65)
Claude
Bolduc m'a aussi amusé avec Les joyeux compagnons... de
Word, l'histoire d'un auteur qui voit la date de tombée de la première
nouvelle qu'on lui a jamais commandée arriver à grands pas
et qui doit se débrouiller avec un déversement de clones
du Compagnon de Word après que celui-ci eut interdit à
l'auteur d'écrire Il mourut en guise de
conclusion à un paragraphe...
Et,
finalement, je constate que le monde de la littérature québécoise
manque d'auteurs purs, de cette race qui charrie les vraies
valeurs et qui est capable d'assumer pleinement une vision réactionnaire.
Un nouveau champion se dresse à l'horizon, Gaston Therrien,
qui sait dire les vraies affaires (« Un souvenir du
bon vieux temps! ») :
« […]
l'arrivée du rasoir électrique, et son usage à grande échelle,
contribuèrent à l'élimination de ce joyau de pacification
qu'était la “strappe”; ce qui, en retour, favorisa l'émergence
de la Révolution tranquille et nous propulsa dans le
libertinage et l'abandon de nos valeurs fondamentales. »
(p. 74)
À
quoi, en effet, sert de mettre le doigt sur le bobo quand on
peut mettre la main sur ce qui cause le bobo?