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Article paru dans le numéro 139, automne 2010, de la revue Lettres québécoises (page 36).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Délirer avec les Outaouaisiens

À l'occasion du trentième anniversaire de l'Association des auteures et auteurs de l'Outaouais, vingt-quatre d’entre eux sont réunis sous le thème 30.

L'association compte quelque 120 membres « titulaires » et plusieurs dizaines de membres « associés ». Les premiers ont déjà publié au moins un titre, les seconds y aspirent et ce sont souvent eux, minoritaires, qui se tirent le plus mal de l'exercice. Vingt-quatre auteurs, c'est vingt-quatre pieds de nez à toute tentative de généralisation. Disons simplement que les auteurs qui ont touché au drame n'ont pas toujours su le faire sans gros sabots, alors que les quelques rieurs ont su me mettre entièrement de leur bord.

Stéphane Albert Boulais, celui qui mourut et le vieux réac

Pourquoi diantre n'ai-je jamais entendu ce nom-là avant? Ce qu'il nous livre ici m'a donné envie de me garrocher chez mon libraire. Cette nouvelle, (« « Lui » »), est le seul conte du recueil, un conte mystique, profondément chrétien par le fond, mais où le Malin n'y est pas.

« Aux confins du nord de l'Outaouais » (p. 59), à l'Halloween, un étranger « bizarrement habillé, curieusement coiffé, droit comme une sentinelle » (p. 59) traverse un village, grimpe sur le palier d'une église luthérienne et s'y fige avec « dans ses mains un navet traversé d'un long cierge allumé » (p. 59). Chaque jour, il revient, se déshabillant deçà delà. « Au rythme où il va, il sera complètement nu à Noël! » (p. 62) Ce texte a certaines des qualités qui me font tant aimer Fred Pellerin. J'ai aimé la truculence de la narration, compris quelques-unes des 95 thèses de Luther, et j’ai particulièrement apprécié l'excellence de l'auteur dans le maniement de la comparaison ainsi que sa manière de faire image :

Ce sourire fut si inquiétant que même les nuages qu'avaient sculptés autrefois le Signore Gargantini dans la mandorle de la Vierge se réfléchirent tout ballonnés dans les grands yeux bleus du célébrant qui, dès lors, proféra des paroles comme vent d'amont. (p. 65)

Claude Bolduc m'a aussi amusé avec Les joyeux compagnons... de Word, l'histoire d'un auteur qui voit la date de tombée de la première nouvelle qu'on lui a jamais commandée arriver à grands pas et qui doit se débrouiller avec un déversement de clones du Compagnon de Word après que celui-ci eut interdit à l'auteur d'écrire Il mourut en guise de conclusion à un paragraphe...

Et, finalement, je constate que le monde de la littérature québécoise manque d'auteurs purs, de cette race qui charrie les vraies valeurs et qui est capable d'assumer pleinement une vision réactionnaire. Un nouveau champion se dresse à l'horizon, Gaston Therrien, qui sait dire les vraies affaires (« Un souvenir du bon vieux temps! ») :

« […] l'arrivée du rasoir électrique, et son usage à grande échelle, contribuèrent à l'élimination de ce joyau de pacification qu'était la “strappe”; ce qui, en retour, favorisa l'émergence de la Révolution tranquille et nous propulsa dans le libertinage et l'abandon de nos valeurs fondamentales. » (p. 74)

À quoi, en effet, sert de mettre le doigt sur le bobo quand on peut mettre la main sur ce qui cause le bobo?

 

Sébastien Lavoie

Michèle Bourgon et Vincent Théberge (Nouvelles réunies par), 30 – Trente — XXX, Gatineau, Les éditions Vent d'ouest, 2009, 140 pages, 23,95 $

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