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Article paru dans le numéro 126, été 2007, de la revue Lettres québécoises (pages 18-19).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Drogue, sexe et punk, et rap, et techno …

Amateurs de musique, ce roman est pour vous.

On connaît peu de choses du personnage principal du roman, qui en est aussi le narrateur: il a étudié quatre ans à l’université, il a été DJ au milieu des années quatre-vingt, il a par la suite travaillé comme concepteur publicitaire dans deux agences successives, il a pour voisin un propriétaire de magasin d’antiquités et il aura bientôt  40 ans. Quand il voit une offre d’emploi – qu’il dédaigne- pour «un truc dans [s]es cordes» (p. 160), on ne sait pas de quoi il s’agit. Ce qu’on sait, par contre, c’est qu’il est un passionné de musique. Pas de la musique classique, qu’il n’écoute jamais, mais du punk, du rap, du techno, du blues, et j’en passe. On a l’impression que le narrateur vit dans un univers parallèle, séparé du «vrai» par des murs de sons. Seuls importent, pour lui, la musique et les disques vinyle qu’il collectionne et qu’il trouve dans les ventes de débarras ou de déménagement. Cette recherche de disques semble être sa seule occupation, et, pour cette raison, certains passages des premiers chapitres me sont d’ailleurs apparus répétitifs.

La narration alterne entre la vie présente du narrateur et sa vie passée. Au fil de ses trouvailles et des disques qu’il écoute, émergent des souvenirs: sa première blonde, à onze ou douze ans, son commerce de pot, au secondaire, un voyage à Toronto, un autre à New York pour assister au concert du groupe Kraftwerk, sa première soirée new wave, son travail de DJ dans un club, etc.

De la musique avant toutes choses

Le roman met en scène des jeunes avides de drogue et de partys qui jettent un regard cynique sur la «société d’abrutis» (p. 222) qui les entoure, des jeunes pour qui la musique est à la fois une «religion» (p. 81) et «le détergent de l’âme […] [qui] déloge la crasse, la bêtise, la connerie» (p. 181). L’intérêt du roman ne réside cependant pas dans la critique sociale qui affleure ici et là et qui m’apparaît plutôt convenue dans la mesure où elle se résume à peu près à répéter les clichés habituels sur le travail de bureau qui annihile la vie intérieure, par exemple, et sur la futilité de la course à la consommation. Il est plutôt dans l’évocation d’un univers musical peu présent dans notre littérature. L’auteur, qui a été DJ aux Foufounes électriques, connaît bien son sujet. Un très grand nombre de chanteurs et de groupes sont mentionnés dans le roman, et leur musique est largement commentée. Ces commentaires ne sont ni froids ni intellectuels; ils témoignent d’un amour profond de la musique, d’une musique qui n’est pas qu’un accompagnement, mais une donnée essentielle de la vie. «Découvrir une chanson qui m’émeut est un grand moment, affirme le narrateur. C’est pour ça que je vis. Je retrouve une partie perdue de moi-même. Une vie antérieure soudain ranimée.» (p. 201). Les passages où il décrit, avec des images fortes, l’effet de la musique sur lui sont saisissants.

 

Josée Bonneville

Alain Cliche, Accro Vinyle, Éditions Trois-Pistoles, 2006, 220 p., 23,95$.

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