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De
l’angoisse et du délire
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À
lire si vous aimez les délires cauchemardesques
Le roman s’ouvre sur une image saisissante : la naissance du
narrateur qui glisse hors de sa mère suspendue au bout de la
corde avec laquelle elle essaie de se pendre. Perceval –ainsi
se nommera-t-il- est le treizième d’une famille qui compte déjà
douze garçons. Le père élève des poulets avec les plumes
desquels il fabrique des oreillers; il est aussi taxidermiste.
La mère est dépressive et deviendra folle après la mort de
son mari. Elle nourrit sa famille de soupe aux cornichons et
d’omelettes géantes.
La suite du roman est à l’image de son incipit et peint un portrait
terrifiant du monde dans lequel le narrateur a atterri si
durement. Perceval passe les six premières années de sa vie
sous la table, caché dans la poussière, avec comme seules
amies les mouches dont il apprend le langage et à qui il
commande. Après la mort de son père, une vie non moins dure
l’attend, dans un orphelinat où l’on crucifie les enfants.
La rude amitié de son frère Poplouk et du curé Théodule atténuent
à peine l’horreur de sa vie.
De l’angoisse
Le roman est écrit sous le signe de l’angoisse qui lui donne son
titre. Le père a découvert que les plumes sont plus douces
lorsqu’il les arrache sur les poulets vivants. C’est donc ce
qu’il fait, insouciant des cris de douleur des principaux intéressés.
L’angoisse, c’est donc celle de ces poulets dénudés et
grelottants. C’est aussi celle des poulets plus vieux qu’on
tue pour les vendre au marché. C’est surtout celle de
Perceval dont le regard, après avoir plongé dans celui d’un
poussin tué par erreur, est devenu si chargé de terreur que
ceux qui le croisent ressentent aussitôt une panique incontrôlable.
Le narrateur conclut que «tout le monde cache une frousse,
une angoisse semblable à celle des poulets sans plume» (p.
158).
Du délire
La quatrième de couverture affirme que le roman «propose une relecture
de la tradition du roman québécois». Cette affirmation me
laisse perplexe. À quelle tradition fait-on référence au
juste? À celle des romans du terroir, assurément, puisque
l’action se déroule à la campagne, dans une famille aussi
nombreuse que pauvre et que le clergé y est très présent.
Mais on est plus près de l’anti-terroir d’un Albert Laberge
qui, en son temps, a véritablement «relu» la tradition en
montrant le côté sombre de la vie des cultivateurs
d’autrefois. Une véritable relecture aurait supposé, de la
part de Sébastien Chabot, une étude des mœurs de ce temps
revues avec son point de vue d’aujourd’hui. Or, son roman
s’apparente plutôt à un
délire surréaliste qui aurait emprunté à un Québec
ancien certaines de ses caractéristiques. Et c’est
d’ailleurs là que réside son intérêt. Ce délire, issu
d’un imaginaire débridé, tout en étant soigneusement
construit, emprunte à un lyrisme qui fait grincer des dents. Le
regard de Perceval atteint le lecteur lui-même qui ne peut
rester indifférent à cet être en mal d’amour dont le destin
aux «allures de clown aux dents cariées» (p. 79) est de
toutes les époques. Certains seront fascinés; d’autres,
rebutés.

Josée Bonneville
Sébastien
Chabot, L’angoisse des poulets sans plumes, Éditions
Trois-Pistoles, 2006, 160 pages, 21,95$.
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