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Y
a-t-il une vie après la retraite?
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Cette
question, au centre du roman, ne manquera pas d’intéresser
les baby-boomers.
Le
roman s’ouvre sur une image de mort: «J’avais pourtant exigé
de ne pas être exposé. Je ne voulais pour rien au monde
m’astreindre à cette tradition funèbre» (p. 9), note le
narrateur qui se plie de mauvaise grâce à la fête qui
souligne son départ à la retraite après une trentaine d’années
d’enseignement du français et de la littérature. Edgar
Forest trouve que la salle du personnel, où la fête a lieu, a
«des airs de salon funéraire» (p.10) et que ses collègues
s’agglutinent autour de lui comme auprès d’une dépouille.
Cependant, si la retraite éveille en lui des images aussi
morbides, ce n’est pas seulement parce qu’il est
hypocondriaque et qu’on lui a trop parlé de ces retraités
qui meurent d’une crise cardiaque six mois après avoir laissé
leur emploi. C’est parce qu’une tare mystérieuse accable
ses proches: sa mère, son père, son frère aîné et sa femme
sont tous morts à 59 ans. Tout juste son âge. Va-t-il échapper
à cette malédiction? Va-t-il survivre à sa première année
de retraite? En attendant d’être fixé sur son sort, Edgar
suit des leçons de piano, joue au tennis, jardine, fait du bénévolat
à l’hôpital Sainte-Justine et un voyage à Paris. Tout en se
remémorant les événements marquants de sa vie et les gens qui
l’ont peuplée (Geneviève, un amour de jeunesse, sa femme
Mireille, son fils Rémi, ses anciens collègues, etc.), il se
pose des questions fort pertinentes sur lui-même et sur ses
rapports aux autres. Il poursuit également une quête
spirituelle commencée en cachette de ses collègues, des
petits-bourgeois de gauche revenus de tout, surtout de la
religion catholique qui évoque pour eux les prêtres pédophiles
et les coups de règle sur les doigts.
Un
happy end
Edgar
devient aussi «biographe à gages» (p.73), c’est-à-dire
qu’il écrit, sur commande, la biographie d’un défunt dont
la famille veut conserver un souvenir livresque. Sa première
oeuvre tombe entre les mains d’un éditeur qui tient
absolument à la publier, et le livre devient un best-seller.
L’épisode est amusant (la commande fait partie des préarrangements
funéraires!), mais j’ai eu du mal à croire en ce succès
instantané. Edgar lui-même, d’ailleurs, ne le prend pas au sérieux
et il abandonne bien vite ses velléités d’écrivain. À quoi
donc rime ce détour du récit? Le journaliste en Pierre
Cayouette s’y est-il laissé entraîner par le désir de faire
la critique des aléas du marché du livre? La satire ne manque
pas d’intérêt, mais le roman y perd quelques plumes en
vraisemblance. Il continuera d’ailleurs d’en perdre jusqu’à
la fin. Alors que mon intérêt n’avait pas fléchi jusque-là,
les trente dernières pages m’ont déçue. Je ne suis pas
arrivée à croire en ce happy end, où tout se met
subitement en place pour le plus grand bonheur du protagoniste.
Ce dénouement a quelque peu gâché le plaisir que j’avais eu
à lire un roman par ailleurs fort bien écrit et mené,
jusque-là du moins, de main de maître. Dommage!
Et
les jambes de Steffi Graf dans tout ça? Elles sont «interminables
et dorées comme du miel» (p. 67). N’en demandez pas plus.
Josée
Bonneville
 
Pierre Cayouette, Les jambes de Steffi Graf,
Montréal, Québec Amérique, coll. «Littérature d’Amérique»,
2007, 154 p., 19,95$.
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