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C'est dans le cochon que tout est bon.
Il y en a pour tous les goûts dans ce recueil
de quinze courtes nouvelles de l'auteure native de Cléricy, en
Abitibi. Dans l'ensemble, le recueil m'apparaît une ode,
paradoxalement convenue, à l'anticonformisme. Je pense ici
particulièrement à la courte, mais trop longue nouvelle
« Coup de filet » où l'auteure s'attache à
décrire la vie d'un banlieusard abitibien bardé d'assurances
et de précautions de toutes sortes, qui vit sa vie sans prendre
aucun risque et qui est donc condamné par l'auteure à
l'insignifiance. On l'a déjà entendu, ce discours-là.
Le regard se veut aussi amusé et il atteint
parfois le centre de la cible. Particulièrement dans la
nouvelle « De la tectonique des combats idéologiques dans
l'interventionnisme d'État : une approche
anglo-saxonne », cette histoire d'un travailleur de la
construction hospitalisé plusieurs mois suite à un accident de
travail. Sa femme, qui ne peut se précipiter à son chevet, lui
dit de s'« accrocher, de lire quelque chose en
l'attendant ». Il tombe sur Le Devoir, lui, un
lecteur du Journal de Montréal et est intrigué par le
titre de la chronique du « journaliste économiste »
(p. 33) du quotidien, titre qui donne son nom au récit. Les
mots compliqués qu'emploie le chroniqueur lui sont étrangers
et notre travailleur s'applique, jour après jour, à en
débusquer le sens dans le dictionnaire. Un an après
l'accident, il écrit au chroniqueur pour le remercier. Avant de
le « rencontrer », il était, écrit-il
« heureux, mais [l]e voilà curieux; donc, encore plus
heureux. » (p. 40). Légèrement obsessif, il va jusqu'à
le complimenter en lui avouant : « […] j'ai même
découpé votre incitation à "dépasser les prémisses du
paradigme du technocentrisme dans l'analyse vectorielle des
transferts technologiques en période de stagnation
économique..." » (p. 39) ajoutant, et c'est là que
j'ai éclaté de rire : « C'est votre meilleure de
l'année, celle-là ».
Les situations, les sentiments sont
habituellement assez finement dépeints, et les récits sont
parfois remarquablement construits (« Quitte ou
double »), mais l'auteure appuie un peu trop sur son
crayon à une ou deux reprises (dans « Le jeu de
l'heure », notamment) ou force indûment les oppositions
(dans la chute de « L'homme à la mallette »). Son
crayon sait cependant se faire doux et enveloppant quand elle
aborde un sujet plus délicat (« La petite poupée qui
aimait le froid »). L'auteure fait aussi dans la
nouvelle-éteignoir (« Vice caché »), une histoire
où un narrateur nous raconte qu'il a appris quelque chose
d'indiscret au sujet de Barbara Zudnick et qui se lance dans un
long récit de six pages, long dans la mesure où, alors qu'on
attend de connaître la nature de cet événement, il refuse de
nous le révéler en disant que ça ne nous regarde pas, nous,
lecteurs (mais oui, madame, ne faites pas votre aguicheuse, le
lecteur est votre souverain; donnez-lui ce qu'il veut!). La
nouvelle se termine par cinq lignes lénifiantes à propos de la
nécessité de forcer la discrétion dans les petits villages.
Sébastien
Lavoie
 
Élizabeth Carle, La toile blanche,
Gatineau, Vents d'ouest, 2008, 123 p., 17,95 $
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