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Visite
au jardin de ses souvenirs
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Un
premier roman parfaitement maîtrisé
Le jardin en Espagne du titre, c’est celui du Généralife, situé à côté
de l’Alhambra, à Grenade, un jardin aménagé au XIIIe siècle
sous le règne du sultan Muhammed I. Suite
à une promesse faite à son mari, Maria, la narratrice, y
effectue une visite dont les étapes structurent le roman.
Un jardin
Précédé du plan officiel du jardin, le roman est en effet divisé en
quinze chapitres qui correspondent aux quinze espaces indiqués
sur le plan. Chaque chapitre s’ouvre sur la description,
parfois émaillée d’informations historiques, de l’espace
correspondant. Maria, qui est peintre, et dont le mari est
architecte, est très sensible aux divers agencements du lieu.
Ses descriptions, précises et empreintes de lyrisme, sont très
sensuelles; elles évoquent «la lumière se décompos[ant] dans
la vapeur des bassins» (p. 82), «l’odeur du jujubier, de
l’eau fraîche, du vent tiède, des figues mûres» (p. 146),
«la musique des feuilles, des oiseaux et des cascades» (p.
163), etc. Elles font aussi souvent référence à l’eau,
omniprésente dans le jardin.
Des souvenirs
Symbole par excellence du temps qui passe, l’eau est naturellement
associée aux souvenirs de Maria qui, eux, constituent
l’essentiel du roman. Dans chaque chapitre, en effet, la
description de l’espace est suivie de la narration d’un
souvenir. Dans le premier, la narratrice, enfant, écoute sa mère
lui raconter l’histoire de son arrière grand-mère. Dans le
deuxième, Maria se rappelle avoir voulu visiter, à cinq ans,
«l’autre pays» dont lui parlait son oncle Juan. Par la
suite, elle se souvient de son amie Anne-Rose, de son premier
coup de foudre, à 13 ans, de la fois où elle a posé nue, au
conservatoire des beaux-arts où elle a étudié, de 18 à 22
ans, de la rencontre de son mari, Issa, de son mariage, de son
premier accouchement, etc. Dans le quinzième chapitre, son mari
l’incite à aller visiter le Généralife. La visite, qui a
lieu quelques mois plus tard, ne dure que quelques heures, mais
lorsque Maria quitte le jardin, c’est plus de trente ans de sa
vie qu’elle a évoqués. Un épilogue la ramène chez elle au
lendemain de sa visite. Le passé rejoint ainsi le présent.
De la sérénité
Au début du roman, la narratrice affirme: «Mais ici, tout [est] calme,
et l’impulsion trop fougueuse se vo[it] tantôt ravie par le
coloris chatoyant d’une fleur, tantôt par la volupté d’un
effluve» (p. 11). Ce calme, il imprègne tout le roman. Malgré
les événements dramatiques qui jalonnent sa vie et malgré la
mort, très présente, Maria reste sereine et se raconte sans
pathos. L’émotion, toujours juste, n’est jamais appuyée et
elle est servie par une écriture tout en finesse. On en sort
troublé mais apaisé. Un très beau roman, assurément!
Josée
Bonneville
    
Katia Canciani, Un jardin en Espagne. Retour au Généralife,
Les Éditions David, coll. «Voix narratives et oniriques»,
2006, 240 pages, 18$.
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