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Article paru dans le numéro 135, automne 2009, de la revue Lettres québécoises (page 33).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout est dans la

manière

Quelques premières impressions littéraires souvent très convaincantes.

Court recueil de courtes nouvelles composées pour moitié d'histoires d'enfants devant faire face à de grands défis – un « Premier jour » dans l'ère scolaire d'une enfant bien mal préparée à ce changement bouleversant, par exemple – et pour autre moitié – moins heureuse – d'histoires d'adultes vivant un moment traumatique.

La plume est gracieuse et concise, le verbe n'a rien d'érudit, mais il est tout en élégance et les chutes, primordiales, ne sont jamais télégraphiées, si ce n'est que par les effluves de misandrie qui se dégagent de l'ouvrage. C'est qu'ils sont plutôt absents de ce recueil, les hommes. Et quand ils y sont, ils sont idéalisés (« Fissures », « Bleu, bleu... ») ou bien aux antipodes, c'est-à-dire dominés, victimes (« Le salon », « L'uniforme ») ou alors agresseurs (« Pablo Dugas », « Bleu, bleu... »).

Cette considération n'est cependant pas suffisante pour entacher le travail de l'écrivaine, même si celui-ci comporte quand même quelques nouvelles escamotées, comme l'histoire de cette guédaille du terroir qui débarque à Montréal habillée « genre salopette » (p. 47, sens détourné) et qui rejoint un quatuor masculin sur une terrasse où le fidèle du groupe se libérera pendant qu'elle reviendra des toilettes à moitié nue et se laissera tripoter par le Tunisien et par celui qu'elle a déjà désiré « très fort » (p. 47), le tout sous les arias de l'autre convive, un chanteur d'opéra homosexuel... (« Transports »). L'auteure aurait pu étaler une histoire érotique sur plusieurs autres pages, mais elle a plutôt choisi de faire comme la protagoniste de son histoire : nous allumer et nous planter là. Pas fine, va!

Les trop courts mais savoureux dialogues en chiac qui peuplent « L'uniforme » m'ont aussi fait cet effet de me laisser sur ma faim (j'en veux more!) Cette nouvelle porte sur un historien, célébré à cause de son travail sur le « génocide » et qui se remémore à haute voix la brève époque où son père fut nommé « détectif » dans la « Moncton Police Force », la seule fois où il a vu son père heureux, dira-t-il publiquement... Sa mère le rappellera à l'ordre.

Je retiens surtout l'histoire magnifiquement tragique de cette petite fille de six ans qui ne comprend pas ce qui se passe dans ce salon où il fait si chaud; elle regarde ceux qui s'essuient « le front, les yeux » et admire son grand frère, stoïque et exceptionnellement tranquille : « Étienne reste pareil, il est tellement beau. » (« Le salon », p. 32). La finale douloureuse est remarquable, ainsi que les deux dernières phrases assassines que je ne peux partager avec vous, à défaut de brûler le punch. Je retiens aussi l'histoire d'Adèle, qui a reçu huit cents cennes le jour de ses huit ans ainsi qu'un « silver dollar » et qui, vingt-sept ans plus tard, exerce la profession d'actuaire (« Les petites économies »).

C'est le style qu'emploie l'auteure pour mener le lecteur de l'incipit à la chute qui est à louanger. Car tout est dans la manière, n'est-ce pas?

Sébastien Lavoie

Marie Cadieux, Enfance et autres fissures, Ottawa, Les Éditions L'Interligne, 2008, 75 pages, 13,95$

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