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J'm'accuse!
(et drôlement)
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Si
Massoud Al-Rachid – aussi connu sous le nom de Jean Leloup –
n'avait pas pris un habit hallucinogène et qu'il s'était
contenté d'une vie d'une aussi « affligeante banalitude »
que celle de Luc Bureau, il nous aurait sans doute donné des récits
comme ceux-ci...
Pré-Ambule
«APITOIEMENT :
[…] Les écrivains, qui doivent affronter la désinvolture
cynique de la critique, l'insensibilité encroûtée des éditeurs,
le parti pris tenace des libraires, la jalousie inavouée des
confrères, sans compter la médiocrité navrante de leurs
oeuvres, sont particulièrement doués pour ce type d'exercice.
[…] Ô Satan, prends pitié!» (p. 35)
Ambule
[Ces
sous-titres, empruntés au recueil (p. 145-146), relèvent
d’un cabotinage qui n’est pas généralisé; le chroniqueur,
tout aussi futilement facétieux que l’auteur de ces récits,
ne peut s’empêcher de leur faire écho.] Si le plaisir de
l'un, c'est de voir l'autre se casser le cou, qu'en est-il de la
jouissance à le voir s'apitoyer ensuite sur ses errements?
C'est à ce spectacle que nous sommes conviés. Si certains
livres semblent conçus comme des films, ce recueil tient
beaucoup du spectacle humoristique, spectacle toujours ponctué
d’un moment tendre, comme dans la nouvelle «Pourquoi je suis
géographe?»
Avec
son ton narquois dénué de prétention, l'écrivain convie négligemment,
mais sans sous-estimer leur pouvoir d'évocation, autant Noël
du Fail et Woody Allen que Sénèque, Rimbaud, La Bible, Johnny
Cash, Thalès de Milet, Anita Eckberg, le David de
Michel-Ange, Hadès, le lieutenant Drogo dans Le désert des
Tartares, Pamela Anderson et Ignace Surprenant (oui,
oui...). Luc Bureau a parfaitement assimilé le contrat qui lie
l'auteur de tels récits à son lecteur et il en restitue
l’esprit de manière «si claire et précise qu'un notaire en [prendrait]
sans doute ombrage et se [suiciderait].»
(p. 70)
L'écrivain
semble profondément marqué au fer rouge judéo-chrétien. Bien
qu’il emploie des mots comme « onychophagie » ou
«hure» et qu’il sait ce qu'est le «potage de Crécy»,
c’est son ignorance du mot «serpillière» qu’il tient à
étaler (La serpillière d’Ahmed).
On apprend beaucoup, en lisant Luc Bureau, parfois au détour d'une
phrase : « […] sainte Thérèse de l'enfant-Jésus, très
forte en miracles » (p. 113); on acquiert des
connaissances qui, souvent, nous sont assénés sans retenue :
« La possession d'un fort taureau hausse davantage le
statut d'un paysan que la jouissance d'un porc, d'un mouton ou
d'un dindon.» (p. 28); et quelquefois on nous interpelle
directement, d'une manière sadiquement interrogative : « Est-ce
que vous écrivez, vous, à des Joroslav Smidka?» (p. 79). Mais
l'auteur tient surtout à nous souligner ses faiblesses :
«Les yeux sont à la langue ce que les caresses sont à la
peau, le champagne aux tête-à-tête grisants, la boussole à
l'explorateur. C'est désolant comme analogie, mais je ne trouve
pas mieux.» (p. 139) En souvenir de cette lecture, je tâcherai
de recycler le néologisme «logodrome» :
lieu public où l'on s'enivre de mots (p. 159).
Sébastien
Lavoie
  
Luc Bureau, Il
faut me prendre aux maux, Québec, L'instant même, 2010,
180 pages, 22 $
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