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Les
perruches goûtent le poulet, et le livre est un délice
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Quel bonheur de découvrir un nouvel écrivain, un
vrai de vrai! Je le dis d’emblée: j’ai adoré ces nouvelles
de Charles Bolduc.
36 taches
Ne cherchez surtout pas dans ces 36 nouvelles le récit d’aventures
extraordinaires se terminant par une chute inattendue qui vous
laisserait pantois. Ces textes racontent plutôt l’ordinaire.
Ou plutôt, elles ne racontent pas; elles peignent un tableau
constitué de 36 taches de toutes les couleurs, de 36 moments
empruntés à la vie quotidienne et teintés parfois de plaisir
et de désir de vivre, mais le plus souvent d’inquiétude, de
mal-être et de désarroi. Elles ne racontent pas «Parce que
c’est chacune de ces petites touches qui compte, chaque infime
détail de la toile, et que de notre vivant on n’aura jamais
le recul nécessaire pour se faire une idée du tableau» (p.
17).
Le recueil est donc fait d’instants de vie: prendre son café le matin,
attendre quelqu’un dans un restaurant ou devant une porte fermée,
recevoir des amis, rendre visite à ses parents, etc. Dans ces
instantanés, les objets (un sucrier, une porte, des vélos, un
téléphone, des parapluies, etc.) occupent une place importante
et témoignent du grand sens de l’observation de l’écrivain
et de sa sensibilité à tout ce qui l’entoure. Charles Bolduc
arrive même à écrire à partir d’une simple mousse blanche
remarquée dans les cheveux d’une caissière! Les seules «aventures»
du recueil consistent à tomber en poussant un chariot à l’épicerie,
à craindre que le propriétaire n’appelle pour réclamer le
loyer en retard, à rencontrer une fille dans un bar, à en
attendre une autre, etc. Tout ce qui échappe au quotidien est
de l’ordre du rêve (se couper deux doigts au travail) ou du
fantasme (un vol de banque) et est souvent écrit au
conditionnel (une éventuelle vie de famille au Mexique). En
fait, Charles Bolduc écrit comme ment un de ses « je »: «pour
élargir la conscience du réel, comme un moyen de construire
des perspectives» (p. 63). Son objectif est atteint: il élargit
effectivement notre conscience du quotidien. Ce faisant, il nous
rappelle que la littérature est indispensable aux pauvres
aveugles que nous sommes trop souvent devenus. Sans des auteurs
comme lui, que verrions-nous?
Un seul «je»
Ces non-histoires sont vécues par des personnages qui sont rarement nommés:
un «je» (deux fois déguisé en «on») qui apparaît le même
d’une nouvelle à l’autre et des «elle» parfois nommées,
mais le plus souvent désignées par «la fille». Ce «je»
confère son unité au recueil. D’une nouvelle à l’autre,
le lecteur retrouve le même personnage de jeune homme souvent désoeuvré,
à qui l’amour se dérobe et qui cherche désespérément l’équilibre
entre une vie à construire et le vide qui menace.
De la poésie
Autant les sujets des nouvelles de Charles Bolduc sont banals, autant son
écriture, souvent proche
de la poésie, ne l’est pas. Pour une fois, je suis d’accord
avec ce qu’écrit l’éditeur en quatrième de couverture: «[…[
les nouvelles de Charles Bolduc révèlent surtout la voix
parfaitement originale d’un écrivain […]». Je me suis
souvent arrêtée pour relire une phrase ou un passage et
admirer la finesse, l’intelligence et l’originalité de sa
manière de dire. J’ai pensé vous en donner quelques
exemples, mais je ne me résous pas à en choisir. Courez donc
plutôt acheter le livre. Vous ne le regretterez pas!

Josée Bonneville
Charles Bolduc, Les perruches sont cuites,
Montréal, Leméac, 2006, 120 p., 15,95$
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