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Article paru dans le numéro 125, printemps 2007, de la revue Lettres québécoises (page 20).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les perruches goûtent le poulet, et le livre est un délice

Quel bonheur de découvrir un nouvel écrivain, un vrai de vrai! Je le dis d’emblée: j’ai adoré ces nouvelles de Charles Bolduc.

36 taches

Ne cherchez surtout pas dans ces 36 nouvelles le récit d’aventures extraordinaires se terminant par une chute inattendue qui vous laisserait pantois. Ces textes racontent plutôt l’ordinaire. Ou plutôt, elles ne racontent pas; elles peignent un tableau constitué de 36 taches de toutes les couleurs, de 36 moments empruntés à la vie quotidienne et teintés parfois de plaisir et de désir de vivre, mais le plus souvent d’inquiétude, de mal-être et de désarroi. Elles ne racontent pas «Parce que c’est chacune de ces petites touches qui compte, chaque infime détail de la toile, et que de notre vivant on n’aura jamais le recul nécessaire pour se faire une idée du tableau» (p. 17). 

Le recueil est donc fait d’instants de vie: prendre son café le matin, attendre quelqu’un dans un restaurant ou devant une porte fermée, recevoir des amis, rendre visite à ses parents, etc. Dans ces instantanés, les objets (un sucrier, une porte, des vélos, un téléphone, des parapluies, etc.) occupent une place importante et témoignent du grand sens de l’observation de l’écrivain et de sa sensibilité à tout ce qui l’entoure. Charles Bolduc arrive même à écrire à partir d’une simple mousse blanche remarquée dans les cheveux d’une caissière! Les seules «aventures» du recueil consistent à tomber en poussant un chariot à l’épicerie, à craindre que le propriétaire n’appelle pour réclamer le loyer en retard, à rencontrer une fille dans un bar, à en attendre une autre, etc. Tout ce qui échappe au quotidien est de l’ordre du rêve (se couper deux doigts au travail) ou du fantasme (un vol de banque) et est souvent écrit au conditionnel (une éventuelle vie de famille au Mexique). En fait, Charles Bolduc écrit comme ment un de ses « je »: «pour élargir la conscience du réel, comme un moyen de construire des perspectives» (p. 63). Son objectif est atteint: il élargit effectivement notre conscience du quotidien. Ce faisant, il nous rappelle que la littérature est indispensable aux pauvres aveugles que nous sommes trop souvent devenus. Sans des auteurs comme lui, que verrions-nous?

Un seul «je»

Ces non-histoires sont vécues par des personnages qui sont rarement nommés: un «je» (deux fois déguisé en «on») qui apparaît le même d’une nouvelle à l’autre et des «elle» parfois nommées, mais le plus souvent désignées par «la fille». Ce «je» confère son unité au recueil. D’une nouvelle à l’autre, le lecteur retrouve le même personnage de jeune homme souvent désoeuvré, à qui l’amour se dérobe et qui cherche désespérément l’équilibre entre une vie à construire et le vide qui menace. 

De la poésie

Autant les sujets des nouvelles de Charles Bolduc sont banals, autant son écriture, souvent  proche de la poésie, ne l’est pas. Pour une fois, je suis d’accord avec ce qu’écrit l’éditeur en quatrième de couverture: «[…[ les nouvelles de Charles Bolduc révèlent surtout la voix parfaitement originale d’un écrivain […]». Je me suis souvent arrêtée pour relire une phrase ou un passage et admirer la finesse, l’intelligence et l’originalité de sa manière de dire. J’ai pensé vous en donner quelques exemples, mais je ne me résous pas à en choisir. Courez donc plutôt acheter le livre. Vous ne le regretterez pas!

 

Josée Bonneville

Charles Bolduc, Les perruches sont cuites, Montréal, Leméac, 2006, 120 p., 15,95$

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