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Dans
une marge conventionnelle
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C'est par la définition du
dictionnaire du mot « marginal » que s'amorce
l'avant-propos de ces 13 nouvelles. Les marginaux y sont bien présents
dans le propos, mais la forme est beaucoup plus conventionnelle.
Je
dois dire d'emblée que j'ai assez aimé l'écriture de Marie
Christine Bernard, d'un genre sobre, précis, imagé et aéré.
Elle sait capter le lecteur et le mener par le bout du nez sans
jamais tressaillir. Parfois, cela suffit à faire un texte très
beau, surtout quand il s'agit d'un instantané, « La messe »,
par exemple.
Mais
si belle soit-elle, la mécanique n'est pas tout et les textes
manquent souvent de ce surplus d'âme qui fait d'un livre une
oeuvre. Parfois, l'auteure sombre dans la facilité. « La
belle vie » est « l'histoire tellement ordinaire
de Serge Garant, dentiste » (p. 105). Bon élève sans créativité,
Serge avait opté pour « un job sûr, sans surprise, et
qui rapporterait suffisamment […] » (p. 106). Serge
dispose d'une belle demeure, a deux enfants en santé, est
correctement sucé par sa femme Marie-Josée... « Pourquoi
alors, assis sur la plage du Lac-à-l'Eau-Bleue, avait-il
subitement l'impression que sa vie était vide? » (p. 109)
Et
pourquoi ai-je alors poussé un profond soupir?
Passe
encore l'idée que les anciens Grecs ont tout dit et qu'il ne
reste plus qu'à trouver de nouvelle façon de redire, mais un
dentiste dépressif? Encore? Et depuis quand ont-ils le monopole
de la dépression? Encore qu'ici, c'est la dépression qui finit
par faire une dépression et on assiste à la victoire de la résignation
pleinement assumée...
Dans
« Le stylo », Jean-Jacques Martel est un auteur
vivant de sa plume qui n'a « pour lecteurs que des gens
vivant à l'est de Québec » (p. 188). On y croit déjà.
Il découvre un jour, à la télévision nationale, le critique
Cyrille Couture, une bête féroce au « verbe acéré
comme une lame de Tolède. » (p. 190). Il se prend
d'admiration pour le personnage, jusqu'au jour où le critique
descend en flamme sa propre oeuvre : « Ce roman est,
comme tous les autres, […] insipide, prétentieux, pédant,
inutile, raté [...] il faut absolument s'abstenir d'acheter ce
livre. » (p. 191) Le reste du discours du critique est à
l'avenant. Voilà donc, comprend l'auteur, pourquoi il n'est lu
que par les gens de l'Est. « Ils ne regardent pas les
stupides émissions culturelles du réseau national, eux! »
(p. 192) [Bonjour à mes gens du Kamouraska!] L'auteur invite le
critique à venir s'expliquer posément chez lui. Ce dernier s'y
révèle puant de méchanceté, il y a altercation et le
critique se retrouve empalé sur une sculpture en forme de stylo
pointant vers le ciel. Rien de moins.
C'est que l'auteure use et abuse souvent d'un trop gros
crayon. Au moins, c'est la dernière nouvelle du recueil. Mais
celui-ci s'ouvrait déjà sur une nouvelle, « Mots croisés »
où un intellectuel juge de haut une voisine aux dehors
grossiers. Il lit Le Devoir, bien sûr, est convaincu de
son bon goût et a comme plaisir coupable de lire une auteure
qui commet des romans à l'eau de rose. On aura vite deviné que
cette voisine qu'il méprise tant se révèlera être l'auteure
des romans à l'eau douteuse dans une finale qui s'attaque à
une autre vieille dichotomie trop souventefois rabâchée, ici
comme ailleurs.
Sébastien
Lavoie
 
Marie Christine Bernard, Sombre peuple, Montréal, Hurtubise, coll. AmÉrica, 2010, 200 p., 19,95 $.
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