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Article paru dans le numéro 136, hiver 2009, de la revue Lettres québécoises (page 35).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maudite indifférence! 

Il y a des livres qu'on aime, à différents degrés. D'autres, qu'on se surprend à détester. Et il y en a une poignée pour lesquels on n'éprouve rien, sinon un vague ennui...

 

Voici un recueil que je n'ai manifestement pas su prendre, puisqu'il m'est souvent tombé des mains... C'est avec une indifférence totale que j'ai reçu ces quelques défauts qui font les humains. « Rien » étant le mot qui me revient sans cesse en me demandant comment traduire mes sentiments ici, ma lecture terminée.

Rien comme dans « Pas d'irritants majeurs », rien comme dans « Pas de personnages mémorables », « Pas d'images qui marquent », « Pas de phrases qui se démarquent », « Pas de phrases qui se détraquent » et « Rien qui se remarque ». Mais rien d'adorable à la Jacques Poulin non plus, le territoire réaliste de Salah Benlabed est passablement ombragé et l'auteur s'est résolu à y explorer les turpitudes de l'être humain.

Personnages ou archétypes?

Les personnages sont souvent laissés à eux-mêmes, sans descriptions physiques, sans grande psychologie et c'est normal, ils ne servent qu'à exposer ou incarner la bassesse dont ils sont l'objet ou la victime. Ils donnent souvent l'impression d'être des personnages de légende perdus dans des nouvelles et ils peuvent affecter, ça et là, des postures qui donnent de petits airs moralisateurs aux nouvelles (mais moralisateur soft, on s'entend, l'auteur s'acharnant sur la nuance comme la misère sur les mal-lotis). Par exemple, dans « La traîtrise », un cocu écrit au nouveau couple qui l'a laissé derrière qu'il leur faut maintenant se séparer et se diviser le monde et qu'il doit, groso modo, pleurer à jamais. Vingt ans plus tard, le couple se présente au bar du cocu et celui-ci leur demande si, au moins, ils ont été heureux. « Je ne te mens pas : depuis notre départ nous n'avons jamais dormi ensemble » (p. 51), lui répond l'autre pour lui expliquer quel a été l'effet de la lettre sur l'ancien nouveau couple. Fou de colère, notre cocu lance son verre sur un grand miroir qui ne se casse pourtant presque pas et s'en va en parlant d'« un caprice idiot ». La trahison fait mal, est irréfléchie et ne rapporte rien, ça va, on a compris...

En fait, la seule nouvelle qui m'a fait un peu vibrer, c'est celle intitulée « L'orgueil » où un grand-père fait la leçon à son petit-fils, en lui parlant de l'orgueil. Et le voilà à convoquer l'Histoire et ses personnages, la France coloniale et un Hitler suicidaire pour expliquer... pourquoi sa femme et lui sont fâchés et n'habiteront plus jamais ensemble! Ici, au moins, le propos s'arrime avec le personnage et le ramage se rapporte au plumage. Celle-là, au moins, m'a fait sourire.

On se bute parfois sur quelques formules ampoulées, des vérités de La Palice que l'auteur nous assène avec des formulations étonnamment doctes du genre : « … la plus grande solitude n'est-elle pas celle que l'on ressent au milieu d'une foule? » (p.176) mais, dans l'ensemble, ces considérations ne viennent pas entraver le non-plaisir que l'on ressent à la lecture de ce petit livre. On y est simplement indifférent.

 

Sébastien Lavoie

Salah Benlabed, De quelques défauts qui font les humains, Montréal, Les Éditions La pleine lune, 2009, 180 pages, 20,95 $.

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