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Il
y a des livres qu'on aime, à différents degrés. D'autres,
qu'on se surprend à détester. Et il y en a une poignée pour
lesquels on n'éprouve rien, sinon un vague ennui...
Voici
un recueil que je n'ai manifestement pas su prendre, puisqu'il
m'est souvent tombé des mains... C'est avec une indifférence
totale que j'ai reçu ces quelques défauts qui font les
humains. « Rien » étant le mot qui me revient
sans cesse en me demandant comment traduire mes sentiments ici,
ma lecture terminée.
Rien
comme dans « Pas d'irritants majeurs », rien comme
dans « Pas de personnages mémorables », « Pas
d'images qui marquent », « Pas de phrases qui se démarquent »,
« Pas de phrases qui se détraquent » et « Rien
qui se remarque ». Mais rien d'adorable à la Jacques
Poulin non plus, le territoire réaliste de Salah Benlabed est
passablement ombragé et l'auteur s'est résolu à y explorer
les turpitudes de l'être humain.
Personnages
ou archétypes?
Les
personnages sont souvent laissés à eux-mêmes, sans
descriptions physiques, sans grande psychologie et c'est normal,
ils ne servent qu'à exposer ou incarner la bassesse dont ils
sont l'objet ou la victime. Ils donnent souvent l'impression d'être
des personnages de légende perdus dans des nouvelles et ils
peuvent affecter, ça et là, des postures qui donnent de petits
airs moralisateurs aux nouvelles (mais moralisateur soft,
on s'entend, l'auteur s'acharnant sur la nuance comme la misère
sur les mal-lotis). Par exemple, dans « La traîtrise »,
un cocu écrit au nouveau couple qui l'a laissé derrière qu'il
leur faut maintenant se séparer et se diviser le monde et qu'il
doit, groso modo, pleurer à jamais. Vingt ans plus tard,
le couple se présente au bar du cocu et celui-ci leur demande
si, au moins, ils ont été heureux. « Je ne te mens pas :
depuis notre départ nous n'avons jamais dormi ensemble »
(p. 51), lui répond l'autre pour lui expliquer quel a été
l'effet de la lettre sur l'ancien nouveau couple. Fou de colère,
notre cocu lance son verre sur un grand miroir qui ne se casse
pourtant presque pas et s'en va en parlant d'« un caprice
idiot ». La trahison fait mal, est irréfléchie et ne
rapporte rien, ça va, on a compris...
En
fait, la seule nouvelle qui m'a fait un peu vibrer, c'est celle
intitulée « L'orgueil » où un grand-père fait la
leçon à son petit-fils, en lui parlant de l'orgueil. Et le
voilà à convoquer l'Histoire et ses personnages, la France
coloniale et un Hitler suicidaire pour expliquer... pourquoi sa
femme et lui sont fâchés et n'habiteront plus jamais ensemble!
Ici, au moins, le propos s'arrime avec le personnage et le
ramage se rapporte au plumage. Celle-là, au moins, m'a fait
sourire.
On
se bute parfois sur quelques formules ampoulées, des vérités
de La Palice que l'auteur nous assène avec des formulations étonnamment
doctes du genre : « … la plus grande solitude
n'est-elle pas celle que l'on ressent au milieu d'une foule? »
(p.176) mais, dans l'ensemble, ces considérations ne viennent
pas entraver le non-plaisir que l'on ressent à la lecture de ce
petit livre. On y est simplement indifférent.
Sébastien
Lavoie
 
Salah Benlabed,
De quelques défauts qui font les humains, Montréal, Les Éditions La pleine lune, 2009, 180 pages, 20,95 $.
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