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Article paru dans le numéro 131, automne 2008, de la revue Lettres québécoises (pages 20-21).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’exil et de souvenirs

Salah Benlabed trace de l’exil un portrait peu réjouissant. Les exilés sont, pour lui, «des naufragés de l’errance» (p. 58), «les fantômes de gens qui ont vécu ailleurs» (p. 138).

Menacé de mort dans son pays natal, l’Algérie, le narrateur vient vivre à Montréal, avec sa fille, où il travaille comme journaliste. Mais l’exil est douloureux. Il ne peut pas oublier l’attitude désapprobatrice de son père, au moment de son départ, et se sent coupable d’être parti. Peu à peu, tout meurt derrière lui: son figuier, d’abord, puis son père et sa mère. À Montréal, il a perdu son identité; il signe ses articles du pseudonyme Personne. Il se sent obligé de porter un «masque de clown» (p. 103) et de jouer un rôle, celui de «l’heureux satisfait de la bure dont il a couvert sa vie» (p. 131), une «non-vie» (p. 93). Quand il retourne en Algérie, pour de brefs séjours, il ne reconnaît plus ce qu’il a laissé derrière lui; tout a changé. Il perd sur tous les fronts. Dix ans après son exil, il perd même sa fille qui retourne en Algérie alors que, comble d’ironie, il avait émigré pour la sauver de son pays natal. Il ne lui reste que ses souvenirs, qu’il perdra aussi.

Une poésie forcée

Le roman est l’occasion, pour Salah Benlabed, de comparer l’Algérie et le Québec et de critiquer autant les colonisateurs français que les «fous du Diable» (p. 202), ces adolescents incultes, devenus terroristes, qui l’ont poussé à fuir son pays. Il renferme d’intéressantes réflexions sur différents sujets dont celle, par exemple, sur le port du voile; il explique que sa mère l’a porté pendant la guerre d’Algérie «comme l’affirmation de sa personnalité [et de] la grandeur de sa culture» (p. 173) et qu’elle l’a enlevé par la suite. Mais j’aurais souhaité qu’il s’ancre davantage dans la réalité; il procède trop souvent de manière allusive. Les lieux ne sont pas toujours nommés, par exemple, et les personnages secondaires, nombreux, ne sont qu’esquissés. Salah Benlabed a opté pour une écriture poétique qui ne me semble pas toujours bien adaptée à son roman. Si certaines pages sont très belles, plusieurs images, par contre, sont trop appuyées. Ainsi, il lui arrive de passer du concret à l’abstrait, ou vice-versa, d’une manière discutable («un parc verdoyant où des amoureux exagéraient leurs ébats face à la tolérance sociale», p. 58-59), de faire des jeux de mots douteux («Une progéniture peu tenté par le jeu qui ne vaut pas la chandelle que fera le père dans la détresse du McDonald’s […]», p.40) ou de se laisser aller à des antithèses faciles («Il avait transporté tant d’innocents qu’il devait se sentir coupable», p. 201). Le récit, de plus, est parfois entrecoupé de poèmes en italique qui s’y intègrent mal et en brisent le rythme.

Bref, j’ai été touchée par la solitude et la détresse du narrateur et intéressée par plusieurs de ses propos, mais je me suis souvent sentie tenue à distance par l’écriture.

 

Josée Bonneville

Salah Benlabed, Notes d’une musique ancienne, Montréal, Pleine lune, coll. «Plume», 2007, 276 p., 25,00$.

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