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Salah
Benlabed trace de l’exil un portrait peu réjouissant. Les
exilés sont, pour lui, «des naufragés de l’errance» (p.
58), «les fantômes de gens qui ont vécu ailleurs» (p. 138).
Menacé de mort dans son pays natal, l’Algérie, le narrateur vient
vivre à Montréal, avec sa fille, où il travaille comme
journaliste. Mais l’exil est douloureux. Il ne peut pas
oublier l’attitude désapprobatrice de son père, au moment de
son départ, et se sent coupable d’être parti. Peu à peu,
tout meurt derrière lui: son figuier, d’abord, puis son père
et sa mère. À Montréal, il a perdu son identité; il signe
ses articles du pseudonyme Personne. Il se sent obligé
de porter un «masque de clown» (p. 103) et de jouer un rôle,
celui de «l’heureux satisfait de la bure dont il a couvert sa
vie» (p. 131), une «non-vie» (p. 93). Quand il retourne en
Algérie, pour de brefs séjours, il ne reconnaît plus ce
qu’il a laissé derrière lui; tout a changé. Il perd sur
tous les fronts. Dix ans après son exil, il perd même sa fille
qui retourne en Algérie alors que, comble d’ironie, il avait
émigré pour la sauver de son pays natal. Il ne lui reste que
ses souvenirs, qu’il perdra aussi.
Une poésie forcée
Le roman est l’occasion, pour Salah Benlabed, de comparer l’Algérie
et le Québec et de critiquer autant les colonisateurs français
que les «fous du Diable» (p. 202), ces adolescents incultes,
devenus terroristes, qui l’ont poussé à fuir son pays. Il
renferme d’intéressantes réflexions sur différents sujets
dont celle, par exemple, sur le port du voile; il explique que
sa mère l’a porté pendant la guerre d’Algérie «comme
l’affirmation de sa personnalité [et de] la grandeur de sa
culture» (p. 173) et qu’elle l’a enlevé par la suite. Mais
j’aurais souhaité qu’il s’ancre davantage dans la réalité;
il procède trop souvent de manière allusive. Les lieux ne sont
pas toujours nommés, par exemple, et les personnages
secondaires, nombreux, ne sont qu’esquissés. Salah Benlabed a
opté pour une écriture poétique qui ne me semble pas toujours
bien adaptée à son roman. Si certaines pages sont très
belles, plusieurs images, par contre, sont trop appuyées.
Ainsi, il lui arrive de passer du concret à l’abstrait, ou
vice-versa, d’une manière discutable («un parc verdoyant où
des amoureux exagéraient leurs ébats face à la tolérance
sociale», p. 58-59), de faire des jeux de mots douteux («Une
progéniture peu tenté par le jeu qui ne vaut pas la chandelle
que fera le père dans la détresse du McDonald’s […]»,
p.40) ou de se laisser aller à des antithèses faciles («Il
avait transporté tant d’innocents qu’il devait se sentir
coupable», p. 201). Le récit, de plus, est parfois entrecoupé
de poèmes en italique qui s’y intègrent mal et en brisent le
rythme.
Bref, j’ai été touchée par la solitude et la détresse du narrateur
et intéressée par plusieurs de ses propos, mais je me suis
souvent sentie tenue à distance par l’écriture.
Josée
Bonneville
  
Salah Benlabed, Notes d’une musique ancienne,
Montréal, Pleine lune, coll. «Plume», 2007, 276 p., 25,00$.
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