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Quand
donc certains auteurs cesseront-ils de faire du style?
Le
titre est joli et tout simple: Un thé avec Nathan. Il
sonne bien, avec son allitération en «t» et ses deux syllabes
en équilibre de chaque coté de sa préposition. Quel dommage
que l’écriture du roman ne soit pas de la même eau!
Une
écriture ampoulée
Vous
souvenez-vous de Lisette de Courval, dans Les Belles-sœurs de
Michel Tremblay, qui cherchait à bien «perler»
pour se donner l’illusion d’appartenir à une classe sociale
supérieure? Certains auteurs débutants me font penser à elle.
Ils forcent la métaphore et triturent la phrase dans le but
probable de prouver aux autres, et plus encore à eux-mêmes,
qu’ils sont de véritables écrivains. C’est le cas de Lison
Beaulieu qui, tout au long de son roman, apparaît plus préoccupée
de faire beau que de dire vrai. Aussi quand ses personnages, au
lieu de se contenter de pleurer, ont des «perles d’eau aux
cils» et des «cernes salés» (p. 83), je ne ressens pas leur
tristesse; je pousse plutôt un soupir d’agacement. Tout comme
lorsque l’un des deux narrateurs, Michel, «déga[ge] le
paquet de sa cache» (p. 109) au moment de déballer un cadeau,
laisse son père l’«emmitoufler de son bonheur» (p. 103)
alors qu’il frissonne et fait «battre [la porte] sur ses
gonds, espérant créer un courant d’air propice à l’échange
de molécules» (p. 37) quand il veut aérer une pièce. L’éditeur
ne pouvait-il suggérer à son auteure d’épurer ses phrases
et de les libérer des innombrables scories qui les
alourdissent?
Une
histoire à la Ajar
Moi qui ai trippé sur l’épisode Ajar de la vie de Romain Gary,
j’aurais pourtant dû savourer cette histoire d’écrivain
qui se cache derrière une doublure. À l’instar de Romain
Gary, en effet, Nathan Bélanger, un auteur de grand talent, écrit
sous un pseudonyme, celui de Philippe Vigoureux, et demande à
un autre, en l’occurrence son grand ami Michel Roy, de jouer
le jeu médiatique à sa place. Le récit, cependant, déborde
largement cette supercherie littéraire; il apparaît plutôt
comme le prétexte à l’élaboration d’un triangle amoureux
dans lequel les protagonistes jouent à
je-ne-sais-pas-qui-j’aime. Mais ce jeu n’est malheureusement
pas approfondi. Il est dilué dans un grand nombre d’épisodes
qui encombrent le récit
à défaut d’avoir l’espace pour se déployer. Il aurait
fallu avoir le courage d’élaguer autant dans ces épisodes
que dans les personnages secondaires, très nombreux. L’un
d’eux, cependant, mérite d’être conservé. C’est celui
de la grand-mère de Michel, qui vole la vedette aux trois
protagonistes. Affectueuse, excentrique et
terriblement vivante, elle ne cesse d’étonner comme
dans cet épisode amusant où elle appelle le 911 de son lit
d’hôpital parce que l’infirmière lui fait porter une
couche. Bref, le roman ne manque pas d’éléments savoureux,
mais son auteure n’a pas réussi à les livrer simplement. Il
est vrai que cela demande de l’expérience.
Josée
Bonneville
Lison Beaulieu, Un thé avec Nathan,
Moncton, Les Éditions Perce-Neige, 2006, 162 p., 19,95$.
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