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Article paru dans le numéro 128, hiver 2007, de la revue Lettres québécoises (page 15).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dur, dur d’être simple!

Quand donc certains auteurs cesseront-ils de faire du style?

Le titre est joli et tout simple: Un thé avec Nathan. Il sonne bien, avec son allitération en «t» et ses deux syllabes en équilibre de chaque coté de sa préposition. Quel dommage que l’écriture du roman ne soit pas de la même eau!

 

Une écriture ampoulée

Vous souvenez-vous de Lisette de Courval, dans Les Belles-sœurs de Michel Tremblay, qui cherchait à bien «perler» pour se donner l’illusion d’appartenir à une classe sociale supérieure? Certains auteurs débutants me font penser à elle. Ils forcent la métaphore et triturent la phrase dans le but probable de prouver aux autres, et plus encore à eux-mêmes, qu’ils sont de véritables écrivains. C’est le cas de Lison Beaulieu qui, tout au long de son roman, apparaît plus préoccupée de faire beau que de dire vrai. Aussi quand ses personnages, au lieu de se contenter de pleurer, ont des «perles d’eau aux cils» et des «cernes salés» (p. 83), je ne ressens pas leur tristesse; je pousse plutôt un soupir d’agacement. Tout comme lorsque l’un des deux narrateurs, Michel, «déga[ge] le paquet de sa cache» (p. 109) au moment de déballer un cadeau, laisse son père l’«emmitoufler de son bonheur» (p. 103) alors qu’il frissonne et fait «battre [la porte] sur ses gonds, espérant créer un courant d’air propice à l’échange de molécules» (p. 37) quand il veut aérer une pièce. L’éditeur ne pouvait-il suggérer à son auteure d’épurer ses phrases et de les libérer des innombrables scories qui les alourdissent?

 

Une histoire à la Ajar

Moi qui ai trippé sur l’épisode Ajar de la vie de Romain Gary, j’aurais pourtant dû savourer cette histoire d’écrivain qui se cache derrière une doublure. À l’instar de Romain Gary, en effet, Nathan Bélanger, un auteur de grand talent, écrit sous un pseudonyme, celui de Philippe Vigoureux, et demande à un autre, en l’occurrence son grand ami Michel Roy, de jouer le jeu médiatique à sa place. Le récit, cependant, déborde largement cette supercherie littéraire; il apparaît plutôt comme le prétexte à l’élaboration d’un triangle amoureux dans lequel les protagonistes jouent à je-ne-sais-pas-qui-j’aime. Mais ce jeu n’est malheureusement pas approfondi. Il est dilué dans un grand nombre d’épisodes qui encombrent  le récit à défaut d’avoir l’espace pour se déployer. Il aurait fallu avoir le courage d’élaguer autant dans ces épisodes que dans les personnages secondaires, très nombreux. L’un d’eux, cependant, mérite d’être conservé. C’est celui de la grand-mère de Michel, qui vole la vedette aux trois protagonistes. Affectueuse, excentrique et  terriblement vivante, elle ne cesse d’étonner comme dans cet épisode amusant où elle appelle le 911 de son lit d’hôpital parce que l’infirmière lui fait porter une couche. Bref, le roman ne manque pas d’éléments savoureux, mais son auteure n’a pas réussi à les livrer simplement. Il est vrai que cela demande de l’expérience.

 

Josée Bonneville

Lison Beaulieu, Un thé avec Nathan, Moncton, Les Éditions Perce-Neige, 2006, 162 p., 19,95$.

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