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Ça
se passe dans un château, mais ce n’est pas un conte de fée.
Même si l’action du roman se situe au tournant du XXIe siècle, ses
personnages appartiennent
à la noblesse française, cette classe sociale quelque peu
oubliée depuis la Révolution, mais néanmoins vivante, sûre
de sa légitimité et même préoccupée de sa survie. Le
premier plaisir que procure le roman est donc de se sentir plongé
dans un univers dont la seule existence fait sourire tant il
apparaît anachronique et déphasé, et ce, d’autant plus que
le narrateur ne se gêne pas pour en souligner les travers à
gros traits. L’erreur, cependant, serait de croire que ces
travers – conservatisme,
vanité, égocentrisme,
souci des apparences, respect outrancier des conventions
sociales – n’appartiennent qu’à ces nobles dont les noms constituent
à eux seuls un gage assuré de dépaysement. Ce serait trop
commode.
Un nouveau Meursault
Le narrateur se nomme Robert d’Amri. À défaut d’être attachant,
c’est un personnage qui intrigue et fascine, un peu à la manière
du célèbre Meursault de Camus. Comme celui-ci, c’est un étranger.
Étranger dans sa famille d’origine d’abord, au collège
ensuite et dans la noblesse enfin où la vie l’entraîne bien
malgré lui car, à l’instar de Meursault, il est passif et
laisse les autres décider pour lui. C’est donc par hasard si
cet être taciturne et cynique, davantage intéressé par les
autos que par les êtres humains, devient l’époux d’Esther
Roquemaure de Villemure, la fille unique d’une des plus nobles
et des plus riches familles de France. Par hasard aussi si ce
cancre incapable de décrocher le moindre diplôme, devient le
premier vice-président associé à la mise en marché de la
plus grosse usine de plastique de France, Plastron inc. Robert
d’Amri est en quelque sorte un imposteur dans sa propre vie.
Après s’être dépeint sans complaisance aucune, dans le premier
chapitre du roman laconiquement intitulé «Moi», il fait un
retour en arrière et raconte les premières années de mariage
de ses beaux-parents et la naissance de leur fille, Esther, les
circonstances qui l’ont amené à épouser cette dernière,
quelque vingt ans plus tard, et les surprise-parties qu’elle
lui prépare tous les cinq ans… sans réussir à le
surprendre. Justement, il aura 50 ans dans quelques jours... Cette
fois, la surprise sera au rendez-vous, mais le lendemain
seulement.
Un ton juste
Une des grandes qualités de ce roman est que Sophie Beauchemin a réussi
à trouver un ton juste et à le conserver. Le sarcasme,
toujours présent, évite la caricature grossière, et le roman
ne verse jamais dans la farce. La ligne entre les deux était
pourtant bien mince! Qui plus est, le récit est mené tambour
battant, sans aucune faille, jusqu’au retournement final de
situation qui est fort habile. Je me garderai bien de vous révéler
cette fin, mais sachez seulement que Robert d’Amri, qui n’a
cessé de s’indigner de la fausseté du milieu qui l’entoure
et d’en dénoncer les faux-semblants, ne supportera pas la vérité
lorsqu’elle le frappera de plein fouet. Le mensonge était,
somme toute, bien confortable!
Josée
Bonneville
  
Sophie Beauchemin, Une basse noblesse, Québec,
Éditions Alto, 2006, 182 p., 23,95$
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