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Article paru dans le numéro 127, été 2009, de la revue Lettres québécoises (page 17).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plaisir garanti!

Ça se passe dans un château, mais ce n’est pas un conte de fée.

Même si l’action du roman se situe au tournant du XXIe siècle, ses personnages  appartiennent à la noblesse française, cette classe sociale quelque peu oubliée depuis la Révolution, mais néanmoins vivante, sûre de sa légitimité et même préoccupée de sa survie. Le premier plaisir que procure le roman est donc de se sentir plongé dans un univers dont la seule existence fait sourire tant il apparaît anachronique et déphasé, et ce, d’autant plus que le narrateur ne se gêne pas pour en souligner les travers à gros traits. L’erreur, cependant, serait de croire que ces travers –  conservatisme, vanité,  égocentrisme, souci des apparences, respect outrancier des conventions sociales –  n’appartiennent qu’à ces nobles dont les noms constituent à eux seuls un gage assuré de dépaysement. Ce serait trop commode. 

Un nouveau Meursault

Le narrateur se nomme Robert d’Amri. À défaut d’être attachant, c’est un personnage qui intrigue et fascine, un peu à la manière du célèbre Meursault de Camus. Comme celui-ci, c’est un étranger. Étranger dans sa famille d’origine d’abord, au collège ensuite et dans la noblesse enfin où la vie l’entraîne bien malgré lui car, à l’instar de Meursault, il est passif et laisse les autres décider pour lui. C’est donc par hasard si cet être taciturne et cynique, davantage intéressé par les autos que par les êtres humains, devient l’époux d’Esther Roquemaure de Villemure, la fille unique d’une des plus nobles et des plus riches familles de France. Par hasard aussi si ce cancre incapable de décrocher le moindre diplôme, devient le premier vice-président associé à la mise en marché de la plus grosse usine de plastique de France, Plastron inc. Robert d’Amri est en quelque sorte un imposteur dans sa propre vie. 

 

Après s’être dépeint sans complaisance aucune, dans le premier chapitre du roman laconiquement intitulé «Moi», il fait un retour en arrière et raconte les premières années de mariage de ses beaux-parents et la naissance de leur fille, Esther, les circonstances qui l’ont amené à épouser cette dernière, quelque vingt ans plus tard, et les surprise-parties qu’elle lui prépare tous les cinq ans… sans réussir à le surprendre. Justement, il aura 50 ans dans quelques jours...  Cette fois, la surprise sera au rendez-vous, mais le lendemain seulement.

Un ton juste

Une des grandes qualités de ce roman est que Sophie Beauchemin a réussi à trouver un ton juste et à le conserver. Le sarcasme, toujours présent, évite la caricature grossière, et le roman ne verse jamais dans la farce. La ligne entre les deux était pourtant bien mince! Qui plus est, le récit est mené tambour battant, sans aucune faille, jusqu’au retournement final de situation qui est fort habile. Je me garderai bien de vous révéler cette fin, mais sachez seulement que Robert d’Amri, qui n’a cessé de s’indigner de la fausseté du milieu qui l’entoure et d’en dénoncer les faux-semblants, ne supportera pas la vérité lorsqu’elle le frappera de plein fouet. Le mensonge était, somme toute, bien confortable!

 

Josée Bonneville

Sophie Beauchemin, Une basse noblesse, Québec, Éditions Alto, 2006, 182 p., 23,95$

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