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Deux nouvellistes
chevronnés s'allient le temps d'un recueil où tous les
personnages se font avoir, mais pas le lecteur, heureusement
Treize
nouvelles d'une grande constance et d'un d'excellent niveau
composent ce recueil. Chacun des auteurs y va de six nouvelles,
la dernière étant écrite à quatre mains. Le tout, histoire
de bien nous mettre dans l'ambiance, est préfacé par un
certain Vincent Lacroix (« un ex-vendeur d'assurances vie
qui a vu son portefeuille de clients se réduire à une peau de
chagrin le jour où son célèbre homonyme a fait la une des
quotidiens québécois. » (p. 14)). Fait exceptionnel, l'éditeur,
sans doute inspiré par quelques-unes de ces nouvelles, a ajouté
au communiqué de presse quelques commentaires dithyrambiques de
fins connaisseurs en cet art de la truande : « Un
chef-d’œuvre inouï! La bible de l'escroquerie! »
s'exclame notamment Al Capone alors que Jacques Mesrine, plus
sobrement, déclare que ce livre est « délicieusement
malhonnête »...
C'est
sans doute la plume de Luc Baranger qui fait le plus de flammèches,
souvent grâce à un recours plutôt réussi à l'exagération :
« Le décolleté était si profond qu'un spéléo aguerri
y aurait regardé à deux fois avant d'en entreprendre la
descente. » (p. 89) ou encore à la comparaison
outrageante : « […] des talons hauts qui lui allaient
comme des échasses à un nain de jardin » (p. 132). Plus
globalement, disons qu'il sait faire image : « Adrien
avait vu peu à peu sa moitié irrémédiablement glisser du Dernier
Tango à Paris à L'Âge des Ténèbres, avec un arrêt-buffet
prolongé à Bagdad Café. » (p. 104)
Le
thème du livre étant le filoutage (tournant souvent au
tragique), il m'a semblé naturel que la première histoire ait
comme toile de fond une des plus inépuisables sources de
crapulerie qui soit, la religion : « Quand je pense que
pendant des années j'ai cru dur comme fer à toutes ces
pitreries, comme quoi il fallait vivre le martyre sur terre pour
accéder aux premières places au paradis. Comment ai-je pu être
aussi niaiseuse? » (p. 32) se récrie une ancienne dévote
passée du côté obscur.
Oui,
mais.
La
plume du sieur Barranger a aussi des élans qui sont parfois
regrettables, des facilités que n'excuse pas le genre pratiqué
: « […] un petit pas pour l'homme et un grand pas vers
la bestialité » (p. 77). Genre qui n'excuse pas non plus
certaines vacheries manquant d’invention : « […] il en
était rendu à affirmer son côté aventurier de pacotille en
4x4 made in Corea et se surprenait à fredonner du
Marie-Chantal Toupin. » (p. 105) Disons que je me suis
pris quelquefois à m'ennuyer de Patrick Bateman qui nous
chantait les louanges de Whitney Houston dans l'American
Psycho de Bret Easton Ellis... Pourquoi utiliser un
qualificatif aussi convenu que « lénifiant » (p.
106) pour parler de Gregory Charles? On est trop d'accord.
André
Marois, de son côté, offre une prose beaucoup plus lisse,
tellement lisse que mon marqueur n'est pas sorti de sa capsule
une seule fois. Aucun irritant, rien de grandiose; des récits
qui avancent avec assurance, sûrs de leur pertinence et
comptant sur l'efficacité de leurs rebondissements. André
Marois ne veut pas se faire remarquer et il sert ainsi très
bien ses histoires.
Sébastien
Lavoie
  
Luc Baranger et André Marois, Tab'arnaques,
Montréal, 2011, Québec/Amérique, 256 p., 22,95 $
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