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Folle - Nelly Arcan - 2004

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Nelly Arcan rencontre un grand et beau Français dans une soirée techno du Plateau et ils deviennent rapidement un couple. Un an plus tard, elle entreprend la rédaction d'une longue lettre à cet ancien amant - narcissique au point de se photographier la queue. Était-ce de l'amour?, ne se demande-t-elle pas. On ne comprend pas très bien ce qui les pousse dans les bras l'un de l'autre : Nelly Arcan dépeint une relation utilitaire. Cette relation nous est un révélateur de ce qu'elle nomme sa folie, mais que l'on doit comprendre au sens large d'aliénation. Elle s'interroge sur le rapport qu'elle a avec son corps, avec toutes ses rivales potentielles, avec son passé, avec ses complexes de colonisée et surtout avec ce monde pornographié.


site officiel

wikipédia

À notre avis :

Beaucoup moins froid que Putain mais tout aussi cérébral. Nelly Arcan creuse continuellement les mêmes sillons et y déterre toujours quelque chose. Une écriture très fine, faite d'économie de virgules sur sujet très gras. Elle écrit quelque part que l'on n'a pas lu Putain jusqu'au bout et/ou qu'on n'a pas tout compris. C'est dire si on n'a pas envie de l'inviter boire une bière (mais on est tout de même content d'entendre son message).

À votre avis :

Putain ou schtroumpfette, telle semble être le seul choix possible dans la destinée de la femme selon Nelly Arcan. Son premier livre était une confession âpre et terrifiante de désespoir. Les seuls hommes dont il était question étaient des hommes d’affaires à la recherche d’une pipe ou d’une baise entre deux rendez-vous. La putain est là pour (faire semblant de) les faire éjaculer. Aucun plaisir, sauf celui de gagner un maximum de fric. L’anonymat, la déchéance sur le plan individuel. La putain est une fente, une paire de seins et de fesses, un sexe béant qui attend le client. Ce récit est celui d’une psychanalyse. C’est le récit d’une femme perdue, mal aimée par des parents robots, sans frère ni sœur, sans foi ni loi, sans toi ni moi, cynique à l’extrême, et qui semble vouer (avec une certaine complaisance) à la putasserie. Si tant est que tout cela se fonde sur le réel... Certes on y croit, et pourtant... Le livre sort au Seuil, l’une des grandes boîtes à bouquins de la France. On peut toujours cracher sur les Français pour se donner bonne conscience (et faire comme tout le monde), mais quand on publie son truc là-bas, tout à coup les choses ont une autre gueule, on peut regarder ses concitoyens de haut. Le Seuil, qui n’est pas né de la dernière pluie (et encore moins de la dernière poudrerie), a justement flairé le bon tuyau : dans la mouvance des confessions sur l’oreiller, ce livre-là peut très bien passer la rampe, et tant mieux si l’oreiller est tout graisseux de foutre et de bave. On parle du livre : forcément, avec un titre pareil, on avait pas fait mieux depuis les turpitudes de Catherine Millet (livre, soit dit en passant, écrit par son mari le photographe voyeur, selon la rumeur la plus avisée). Alors rebelote : maintenant, c’est Folle. Et on en parle, l’auteure récidive, aura-t-elle même un prix cette fois ? Et vas-y que j’te compare l’auteure à Marguerite Duras, pourquoi pas Anaïs Nin ou la Duchesse de Pompadour, tant qu’à faire ? Avec Putain, il se passait quelque chose. Dans Folle, il ne se passe plus rien, plus rien d’autre que l’espoir de rafler encore quelques ventes. C’est vrai que le Seuil, c’est visible, c’est partout dans toutes les vitrines, et la France, c’est dix fois plus de lecteurs potentiels que cheu nous. Le livre lui-même est devenu la Putain. But : gagner du fric, rien d’autre ne compte. Allez, sémiologues et détecteurs de mises en abyme de tous les pays, unissez-vous et analysez de bon cœur ! passez au filtre ! tamisez le texte à qui mieux-mieux !, mais attention, ne secouez pas trop, car tout ça risque bien vite de retomber en poussière... alors sus ! suce ! Combien de livres peut-on écrire sur les va et vient du piston ?

Martin Solar

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