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Putain ou schtroumpfette, telle
semble être le seul choix possible dans la destinée de la femme selon Nelly
Arcan. Son premier livre était une confession âpre et terrifiante de désespoir.
Les seuls hommes dont il était question étaient des hommes d’affaires à la
recherche d’une pipe ou d’une baise entre deux rendez-vous. La putain est là
pour (faire semblant de) les faire éjaculer. Aucun plaisir, sauf celui de
gagner un maximum de fric. L’anonymat, la déchéance sur le plan individuel.
La putain est une fente, une paire de seins et de fesses, un sexe béant qui
attend le client. Ce récit est celui d’une psychanalyse. C’est le récit
d’une femme perdue, mal aimée par des parents robots, sans frère ni sœur,
sans foi ni loi, sans toi ni moi, cynique à l’extrême, et qui semble vouer
(avec une certaine complaisance) à la putasserie. Si tant est que tout cela se
fonde sur le réel... Certes on y croit, et pourtant... Le livre sort au Seuil,
l’une des grandes boîtes à bouquins de la France. On peut toujours cracher
sur les Français pour se donner bonne conscience (et faire comme tout le
monde), mais quand on publie son truc là-bas, tout à coup les choses ont une
autre gueule, on peut regarder ses concitoyens de haut. Le Seuil, qui n’est
pas né de la dernière pluie (et encore moins de la dernière poudrerie), a
justement flairé le bon tuyau : dans la mouvance des confessions sur
l’oreiller, ce livre-là peut très bien passer la rampe, et tant mieux si
l’oreiller est tout graisseux de foutre et de bave. On parle du livre : forcément,
avec un titre pareil, on avait pas fait mieux depuis les turpitudes de Catherine
Millet (livre, soit dit en passant, écrit par son mari le photographe voyeur,
selon la rumeur la plus avisée). Alors rebelote : maintenant, c’est Folle. Et
on en parle, l’auteure récidive, aura-t-elle même un prix cette fois ? Et
vas-y que j’te compare l’auteure à Marguerite Duras, pourquoi pas Anaïs
Nin ou la Duchesse de Pompadour, tant qu’à faire ? Avec Putain, il se passait
quelque chose. Dans Folle, il ne se passe plus rien, plus rien d’autre que
l’espoir de rafler encore quelques ventes. C’est vrai que le Seuil, c’est
visible, c’est partout dans toutes les vitrines, et la France, c’est dix
fois plus de lecteurs potentiels que cheu nous. Le livre lui-même est devenu la
Putain. But : gagner du fric, rien d’autre ne compte. Allez, sémiologues et détecteurs
de mises en abyme de tous les pays, unissez-vous et analysez de bon cœur !
passez au filtre ! tamisez le texte à qui mieux-mieux !, mais attention, ne
secouez pas trop, car tout ça risque bien vite de retomber en poussière...
alors sus ! suce ! Combien de livres peut-on écrire sur les va et vient du
piston ?
Martin Solar
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