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Une
balade en forme de cauchemar
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Le
28e prix Robert-Cliche flirte avec le réalisme
magique, mais n’est pas un grand cru.
Le
narrateur, qui n’est pas nommé, est un Français qui a
produit, sans l’aide d’une maison de disques, un C D qui
n’a pas tourné à la radio et qui ne s’est pas vendu. Déprimé,
il se rend à New York où il rencontre un Sud-américain, prénommé
Manuel, qui l’invite dans son pays. Arrivés à destination,
les deux hommes montent à bord d’un train dans lequel ils
voyageront pendant presque tout le reste du roman. Voilà pour
la balade du titre.
Réalisme
et fantaisie
Stéphane
Achille a construit son roman à partir de deux éléments autobiographiques:
ses déboires de musicien-producteur de disque et un de ses
cauchemars dans lequel il s’est vu assis sur les genoux d’un
dictateur. Ces deux éléments lui ont inspiré les deux récits
qui alternent dans le roman. Le premier, relatif à la vie antérieure
du narrateur et à la production de son disque, est réaliste et
lui donne l’occasion de critiquer l’industrie du disque. Le
second, qui relate un voyage en train ponctué d’attentats et
d’assassinats, relève de la pure fantaisie. Rien de réaliste,
en effet, ni dans le fait que le narrateur suive un individu
louche dans un pays dont il ne connaît même pas le nom ni dans
la plupart des péripéties qui s’ensuivent.
Mêler
ces deux registres peut s’avérer heureux ainsi qu’en témoigne
éloquemment le réalisme magique de la littérature sud-américaine
(que Manuel dit détester). Ici, pourtant, la juxtaposition des
deux récits m’est apparue forcée, et ce, même si les deux
univers se recoupent lorsque Manuel se met à écouter – et à
critiquer – le disque du narrateur dont il a acheté toutes
les copies. Même si, également, les deux protagonistes se
ressemblent plus qu’il n’y paraît de prime abord. Les deux,
en effet, vivent un échec. Le narrateur, je l’ai dit, n’a
pas connu le succès espéré avec son disque. Le dictateur,
lui, n’a pas réussi à finaliser des contrats qui auraient
conduit à la construction d’usines dans son pays. Qui plus
est, il voyage dans un train qui tourne en rond, ce qui
constitue un saisissant symbole d’impuissance et l’élément
le plus intéressant du roman. Inquiet de son échec et
craignant un coup d’État, il n’ose pas entrer dans la
capitale.
Pouvoir
et impuissance
Cette fable, par ailleurs, n’apporte rien de neuf
au discours sur le pouvoir. Le dictateur se conforme à
l’image habituelle de ses semblables. Il s’est emparé du
pouvoir par un coup d’État et il le conserve par des moyens
retors: il a créé une fausse résistance qui recrute des gens
opposés à son régime, ce qui permet de les identifier, il
a instauré un régime de terreur, il contrôle les médias et
il maintient ses compatriotes dans l’ignorance. Mais c’est
sans doute la froideur du narrateur qui m’a le plus dérangée.
Celui-ci réagit peu aux gestes insensés que Manuel l’oblige
à poser. Il tue et s’étonne lui-même de ne pas en perdre
l’appétit. Je cherche en vain un peu d’humanité dans tout
cela.
Josée
Bonneville
 
Stéphane Achille, Balade en train assis sur
les genoux d’un dictateur, Montréal, VLB éditeur,
2007, 192 p., 21,95$.
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