Les classiques à lire. Les livres et les auteurs qui deviennent des incontournables!

Accueil

Résumés

Prix

Autre

Contact

   

Répertoire

Par époque

Liens

Publicité

Suggérez

Imprimer


Précédent

 

Suivant

Article paru dans le numéro 130, été 2008, de la revue Lettres québécoises (page 22).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une balade en forme de cauchemar

Le 28e prix Robert-Cliche flirte avec le réalisme magique, mais n’est pas un grand cru.

 

Le narrateur, qui n’est pas nommé, est un Français qui a produit, sans l’aide d’une maison de disques, un C D qui n’a pas tourné à la radio et qui ne s’est pas vendu. Déprimé, il se rend à New York où il rencontre un Sud-américain, prénommé Manuel, qui l’invite dans son pays. Arrivés à destination, les deux hommes montent à bord d’un train dans lequel ils voyageront pendant presque tout le reste du roman. Voilà pour la balade du titre.

 

Réalisme et fantaisie        

Stéphane Achille a construit son roman à partir de deux éléments autobiographiques: ses déboires de musicien-producteur de disque et un de ses cauchemars dans lequel il s’est vu assis sur les genoux d’un dictateur. Ces deux éléments lui ont inspiré les deux récits qui alternent dans le roman. Le premier, relatif à la vie antérieure du narrateur et à la production de son disque, est réaliste et lui donne l’occasion de critiquer l’industrie du disque. Le second, qui relate un voyage en train ponctué d’attentats et d’assassinats, relève de la pure fantaisie. Rien de réaliste, en effet, ni dans le fait que le narrateur suive un individu louche dans un pays dont il ne connaît même pas le nom ni dans la plupart des péripéties qui s’ensuivent.

 

Mêler ces deux registres peut s’avérer heureux ainsi qu’en témoigne éloquemment le réalisme magique de la littérature sud-américaine (que Manuel dit détester). Ici, pourtant, la juxtaposition des deux récits m’est apparue forcée, et ce, même si les deux univers se recoupent lorsque Manuel se met à écouter – et à critiquer – le disque du narrateur dont il a acheté toutes les copies. Même si, également, les deux protagonistes se ressemblent plus qu’il n’y paraît de prime abord. Les deux, en effet, vivent un échec. Le narrateur, je l’ai dit, n’a pas connu le succès espéré avec son disque. Le dictateur, lui, n’a pas réussi à finaliser des contrats qui auraient conduit à la construction d’usines dans son pays. Qui plus est, il voyage dans un train qui tourne en rond, ce qui constitue un saisissant symbole d’impuissance et l’élément le plus intéressant du roman. Inquiet de son échec et craignant un coup d’État, il n’ose pas entrer dans la capitale.

 

Pouvoir et impuissance

Cette fable, par ailleurs, n’apporte rien de neuf  au discours sur le pouvoir. Le dictateur se conforme à l’image habituelle de ses semblables. Il s’est emparé du pouvoir par un coup d’État et il le conserve par des moyens retors: il a créé une fausse résistance qui recrute des gens opposés à son régime, ce qui permet de les identifier, il a instauré un régime de terreur, il contrôle les médias et il maintient ses compatriotes dans l’ignorance. Mais c’est sans doute la froideur du narrateur qui m’a le plus dérangée. Celui-ci réagit peu aux gestes insensés que Manuel l’oblige à poser. Il tue et s’étonne lui-même de ne pas en perdre l’appétit. Je cherche en vain un peu d’humanité dans tout cela.

Josée Bonneville

Stéphane Achille, Balade en train assis sur les genoux d’un dictateur, Montréal, VLB éditeur, 2007, 192 p., 21,95$.

À votre avis :

Cliquez ici pour faire parvenir votre commentaire

Tous droits réservés © 2003 - 2010 IndexQuébec Inc.