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Mil
neuf cent soixante-huit. C'était l'année de la
parution de Nègres
blancs d'Amérique. C'était
une époque où de jeunes décrocheurs pouvaient se
transformer en guides littéraires pour toute une génération
d'écrivains. |
Il
est difficile de croire à l'emblématique destin des frères Hébert,
Marcel et François, les fondateurs des Éditions Les Herbes
rouges, tant celui-ci paraît tiré par les cheveux. Les frères
Hébert ont été élevés dans un quartier du bas de la ville
par des parents illettrés qui considéraient la lecture comme
une perte de temps. Enfants, ils sont derniers de classe,
redoublent. Ils ne s'intéressent à rien de ce que disent les
professeurs, mais ils s'enflamment lorsque arrive le temps de
faire des rédactions et ils se passionnent pour tous les téléthéâtres
de Radio-Canada. Très jeunes, vers la 4ième ou la 5ième
année,
ils se mettent à dévorer les classiques de la littérature,
les commentent entre eux, se relancent.
Ils
découvrent la poésie à l'adolescence. « C'est
une révélation », disait Marcel il y a vingt ans dans
une fascinante entrevue:
Mais
il faut que j'explique la façon dont je lisais ces livres à
seize ou dix-sept ans. Je lis les mêmes recueils plusieurs
fois, jour après jour. [...] ces livres me font plaisir, mais
je ne comprends pas comment ils fonctionnent, je ne comprends
pas le moteur de tout ça. Mais je sais qu'un jour je vais
comprendre pourquoi c'est organisé de telle façon. Nous ne
savions pas que nous n'étions pas normaux, vous comprenez
[rires]. Nous pensions que tout le monde lisait comme nous.
C'est de cette façon que nous sommes devenus éditeurs plus
tard.[1]
Plus
tard, justement, Marcel fait la rencontre d'une dénommée
Maryse Grandbois,
qui
a une nouvelle à faire publier, et il décide de fonder une
revue littéraire avec elle,
rien de moins. Sans François, qui arrive en renfort au deuxième
numéro, après le
départ de Maryse qui « ne se sent pas à l'aise» et s'en va étudier...
le droit! Frivolité
quand
tu nous tiens! Dès le deuxième numéro, Les Herbes rouges s'en
tient à la poésie
et y restera cantonné pendant dix ans.
Après quelques années, certains écrivains que Les Herbes rouges ont contribué à faire connaître reprennent leurs textes parus dans la revue et vont se faire publier ailleurs. La revue ne suffit plus. C'est à ce moment-là, en 1978, que les frères Hébert demandent à Miron une collection de poésie. Mais, surprise, l'Hexagone leur propose plutôt de financer leur propre maison d'édition! « La fondation des Éditions Les Herbes rouges a été pour nous une façon de récupérer un nouveau courant poétique, ce qu'on a appelé le courant formaliste ou
textiste.[2]
» Les années subséquentes, la maison développe ses collections existantes, en ajoute d'autres (une collection de poche, notamment). De son côté, la revue cesse d'être publiée en 1993, après 202 numéros.
Pour fêter ses quarante ans, la maison s'offre une anthologie préparée
par Dominique Robert ainsi qu'un essai de Marc-André Goulet dont le titre dit tout:
Une histoire des Herbes rouges. Un livre qui, espérons-le, permettra d'approfondir un sujet que je n'ai pu qu'effleurer ici.
[1]
Richard
Giguère et André Marquis, «Les Herbes rouges, 1968-1988 :
persister et se maintenir ... du côté de l'étonnement», québécoises no
52, hiver 1988-1989, p.14-21.
[2]
Alain Horic, Mon parcours d'éditeur avec Gaston Miron, op. cit., p.133.
Sébastien
Lavoie
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