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Article paru dans le numéro 129, printemps 2008, de la revue Lettres québécoises (page 53).

L'Hexagone:

55 ans

 

Mil neuf cent cinquante-trois. C'était une époque où les jeunes poètes n'avaient pas de lieu de diffusion. C'était cinq ans après Refus global alors que presque tout restait à construire.  

 

Leur motivation de départ était modeste : publier un recueil de poèmes d'Olivier Marchand qui avait particulièrement plu, dit-on, à Gilles Carle, cinéaste en devenir. Ils accoucheront finalement de Deux sangs, signé par Marchand et Gaston Miron, publié grâce à une campagne de souscription postale auprès d'amis et de connaissances. La bande comptait, outre les trois personnes précédemment nommées, Jean-Claude Rinfret, Mathilde Ganzini et Louis Portugais, qui recevait dans le petit sous-sol de sa maison. La bande opère bénévolement et ses membres changent souvent, au gré des vicissitudes de chacun. La confection des livres se fait de manière artisanale et ils sont publiés au compte-gouttes, entre deux et quatre par année, les dix-huit premières années. En 1964, la direction passe de six à deux têtes, celles d'Alain Horic, entré à l'Hexagone en 1955, et de Gaston Miron.

 

La jeune maison d'édition d'alors se doit d'être imaginative pour surnager et elle multiplie les expériences connexes à sa mission première. Elle rachète le fonds littéraire de petites maisons d'édition en faillite, favorise la croissance des Herbes rouges, crée Typo, s'intéresse à la distribution (Les Messageries littéraires) ... Les années quatre-vingts les surprennent : « Miron semble avoir perdu le goût de l'édition, n'assiste qu'aux réunions, dit ne plus avoir de temps, il nous délaisse peu à peu, se défile sans s'expliquer. Miron coéditeur ne tient plus le cap. [1] » Et il laisse Alain Horic seul capitaine de ce gigantesque navire.

 

En février 1991, Alain Horic vend l'Hexagone au groupe Sogides, lequel crée le Groupe Ville-Marie littérature, qui comprendra l'Hexagone, VLB, Les Quinze et Typo. Le nouveau comité d'édition est nommé par Alain Horic, afin d'assurer la continuité, et il désigne Jean Royer comme directeur littéraire. Celui-ci restera en fonction jusqu'en 1998.

 

Depuis 2003, le Groupe Ville-Marie littérature a confiné l'Hexagone à la stricte poésie. La maison s'est toujours voulue ouverte à toutes les formes de littérature, mais elle était surtout reconnue pour la poésie... et puis, le destin de l'Hexagone est maintenant lié à celui de VLB, qui se spécialise, lui, dans la prose. Il fallait nécessairement clarifier leurs missions éditoriales. «Il ne se publiait plus rien d'intéressant à l'Hexagone », m'a dit le directeur, Jean-Yves Soucy, affirmant du même coup que la maison a retrouvé son équilibre. A-t-il un souhait à exprimer? « Oui, j'aimerais que la poésie soit plus présente dans les bibliothèques et les librairies », dit celui dont la maison d'édition vend plus de livres dans les festivals qu'en librairie.

 

 

 


 

[1] Alain Horic, Mon parcours d'éditeur avec Gaston Miron, Montréal, l'Hexagone, 2004, p. 37.

 

 

 

Sébastien Lavoie

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