|
|
Mil neuf cent cinquante-trois. C'était une époque
où les jeunes poètes n'avaient pas de lieu de
diffusion. C'était cinq ans après Refus global alors
que presque tout restait à construire.
|
Leur
motivation de départ était modeste : publier un recueil
de poèmes d'Olivier Marchand qui avait particulièrement plu,
dit-on, à Gilles Carle, cinéaste en devenir. Ils accoucheront
finalement de Deux
sangs, signé
par Marchand et Gaston Miron, publié grâce à une campagne de
souscription postale auprès d'amis et de connaissances. La
bande comptait, outre les trois personnes précédemment nommées,
Jean-Claude Rinfret, Mathilde Ganzini et Louis Portugais, qui
recevait dans le petit sous-sol de sa maison. La bande opère bénévolement
et ses membres changent souvent, au gré des vicissitudes de
chacun. La confection des livres se fait de manière artisanale
et ils sont publiés au compte-gouttes, entre deux et quatre par
année, les dix-huit premières années. En 1964, la direction passe de six à
deux
têtes, celles d'Alain Horic, entré à l'Hexagone en 1955,
et
de Gaston Miron.
La
jeune maison d'édition d'alors se doit d'être imaginative pour
surnager et elle multiplie les expériences connexes à sa
mission première. Elle rachète le fonds littéraire de petites
maisons d'édition en faillite, favorise la croissance des
Herbes rouges, crée Typo, s'intéresse à la distribution (Les
Messageries littéraires) ... Les années quatre-vingts les
surprennent : « Miron semble avoir perdu le goût de
l'édition, n'assiste qu'aux réunions, dit ne plus avoir de
temps, il nous délaisse peu à peu, se défile sans
s'expliquer. Miron coéditeur ne tient plus le cap.
[1] »
Et il laisse Alain Horic seul capitaine de ce gigantesque
navire.
En
février 1991,
Alain Horic vend l'Hexagone au groupe Sogides,
lequel crée le Groupe Ville-Marie littérature, qui comprendra
l'Hexagone, VLB, Les Quinze et Typo. Le nouveau comité d'édition
est nommé par Alain Horic, afin d'assurer la continuité, et il
désigne Jean Royer comme directeur littéraire. Celui-ci
restera en fonction jusqu'en 1998.
Depuis
2003, le Groupe Ville-Marie littérature a confiné l'Hexagone
à la stricte poésie. La maison s'est toujours voulue ouverte
à toutes les formes de littérature, mais elle était surtout
reconnue pour la poésie... et puis, le destin de l'Hexagone est
maintenant lié à celui de VLB, qui se spécialise, lui, dans la
prose. Il fallait nécessairement clarifier leurs missions éditoriales.
«Il ne se publiait plus rien d'intéressant à l'Hexagone »,
m'a dit le directeur, Jean-Yves Soucy, affirmant du même coup
que la maison a retrouvé son équilibre. A-t-il un souhait à
exprimer? « Oui, j'aimerais que la poésie soit plus présente
dans les bibliothèques et les librairies », dit celui
dont la maison d'édition vend plus de livres dans les festivals
qu'en librairie.
[1]
Alain Horic, Mon parcours d'éditeur avec Gaston Miron, Montréal, l'Hexagone, 2004, p.
37.
Sébastien
Lavoie
|