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Article paru dans le numéro 132, hiver 2008, de la revue Lettres québécoises (page 55-56).

Les éditions David

 

Sur l’autre rive de l’Outaouais aussi, on fête un quinzième anniversaire.

 

 

«Je vais être honnête. Il est de bon ton, quand vient le temps d’expliquer pourquoi on a fondé une maison d’édition, de parler de passion et du désir de bâtir quelque chose. Dans mon cas, il s’agit plutôt d’un péché d’orgueil…», admet d’emblée Yvon Malette, président-directeur général et fondateur des éditions David.

 

L’affaire a débuté avec un manuscrit, L’autoportrait mythique de Gabrielle Roy, accepté par un éditeur montréalais. Accepté, mais non pas publié, la subvention n’étant jamais venue. Monsieur Malette avait déjà publié une grammaire (Grand-mère racontait…) au Québec, mais il avait pris soin de n’accorder à son éditeur que les droits pour cette province. Le livre sur Gabrielle Roy refusé, il s’est donc installé de l’autre côté de la rivière Outaouais et s’est servi de ses ouvrages pour lancer sa maison d’édition.

 

Les éditions David se sont données pour mandat de «publier des auteurs francophones de l’Ontario et de diverses provinces canadiennes, faire découvrir de nouvelles voix privilégiant la publication de nouveaux auteurs, éditer celles d’écrivains connus, sortir de l’ombre des voix, souvent oubliées et inédites, enfin promouvoir en priorité des textes de création (romans, nouvelles, poésie, haïkus) et des études critiques qui contribuent à l’édification de la connaissance de la littérature d’expression française et permettent de développer un lectorat chez les jeunes».

 

Ici aussi, le fondateur insiste sur la qualité de l’équipe «exceptionnelle», dont les membres travaillent presque tous bénévolement. Il juge même certains quasi irremplaçables, comme Yvan Lepage, décédé au printemps dernier d’un cancer fulgurant, qui a laissé orpheline la collection «Voix retrouvées» (la collection des textes oubliés).

 

Les éditions David ont été parmi les premières, sinon les premières, à publier des haïkus. C’est par elles que nous est parvenu Haïku sans frontières, une anthologie mondiale, un ouvrage publié sous la direction d’André Duhaime regroupant 1 810 poèmes écrits par 181 auteurs venant de 23 pays. Les éditions David ont aussi, un temps, joué un rôle d’animateur culturel, en distribuant des prix d’excellence aux meilleurs étudiants en lettres de l’Université d’Ottawa et du Collège de l’Outaouais et en disséminant, à Hearst, Ottawa ou Baie-Comeau, des «camps littéraires David».

 

Il était très important pour le fondateur de «donner la main à l’Autre», mais il s’est fait prendre à son propre jeu, si je puis dire. C’est que monsieur Malette a ses entrées du côté de l’entreprise privée à laquelle il soutire des milliers de dollars annuellement. Et que cette dernière ne comprenait pas que les éditions David pouvaient donner de la main gauche l’argent puisé dans leurs poches, à droite. C’est dommage, mais l’expérience a tout de même permis à Baie-Comeau de se découvrir une passion pour le haïku...

 

L’année à venir commencera par un grand bouleversement, celui du départ du fondateur… qui n’a pas voulu me dévoiler le nom de son successeur. Le futur retraité m’a par ailleurs confié qu’il ne s’en ira pas très loin de son bébé, car il mettra sur pied une Fondation David dont le but sera de procurer à la maison d’édition un toit bien à elle. Il se donne cinq ans pour y parvenir mais, vu ses réalisations antérieures, parions qu’il y arrivera avant.

 

 

 

Sébastien Lavoie

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