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Article paru dans le numéro 129, printemps 2008, de la revue Lettres québécoises (pages 53-54).

Boréal : quand l'Histoire faisait les manchettes

 

Mil neuf cent soixante-trois. C'était l'année où le président Kennedy s'est fait assassiner. C'était l'époque où certains essayaient de changer le monde en diffusant l'Histoire.

 

L’histoire commence quand Mgr Albert Tessier invite Jacques Lacoursière et Denis Vaugeois à venir travailler aux Archives Pierre-Boucher. Le Québec est en ébullition, et les deux hommes veulent ajouter leurs voix à l'effervescence. De concert avec l'abbé Gilles Boulet, ils décident de créer une modeste revue, à la portée limitée. Après mûre réflexion, il leur vient l'idée d'un journal ancien servi à la moderne, « journal qui aurait pu être rédigé à l'époque même des événements qu'il rapporte, avec ses titres à sensation, ses manchettes, ses nouvelles, ses chroniques, sa page sportive, son courrier du coeur, ses caricatures [1] ». Le libraire Pierre Gravel se rallie à l'idée ainsi que le graphiste Lévis Martin et Mgr Tessier.

 

Ils retiennent le nom de Boréal parce que ce « qui les intéresse, c'est l'histoire des gens venus peupler la partie septentrionale des Amériques déjà habitée à leur arrivée par les Amérindiens [2] » et ils lui accolent l'épithète Express. Le premier numéro est publié à 15 000 exemplaires et, dès sa parution, connaît un succès qui ne se démentira pas (l0 000 abonnés la première année). La compagnie du Boréal Express est fondée le 18 mars 1963. La hausse des tarifs postaux, en 1967, entraîne la mort du journal; il était devenu aussi coûteux d'expédier le journal que de l'imprimer.

 

SUS AUX CANADIENS ANGLAIS !

 

« L'annonce d'une nouvelle synthèse d'histoire du Canada chez un éditeur canadien-anglais nous apparaît alors comme un défi. On s'est dit : pourquoi ne pas les prendre de vitesse? Et en français », raconte Denis Vaugeois.

 

Ainsi fut fait.

 

Après s'être édités, il était naturel qu'ils en viennent à éditer les autres. « Il faut savoir, raconte Denis Vaugeois, qu'à l'époque nos meilleurs historiens publiaient soit en anglais, soit à compte d'auteur... Ce n'était pas normal. [3] »

 

L'année 1976 voit Denis Vaugeois élu député de Trois-Rivières sous la bannière péquiste. Il cède la direction éditoriale à Antoine Del Busso et, deux ans plus tard, lui vend la totalité des actions. Del Busso s'associe alors avec Pascal Assathiany, de Dimédia, le diffuseur. La maison multiplie alors les voyages aux foires du livre étrangères, met en oeuvre des coéditions (L'État du monde, pour ne nommer que celle-là), zieute du côté du Canada anglais, de la traduction, s'associe un temps avec les Éditions du Seuil, abandonne l'épithète « Express » en 1987...

 

Boréal Express s'ouvre dès 1972 aux autres disciplines des sciences humaines, mais ce n'est qu'en 1981 que la maison se lance dans l'édition littéraire avec un roman historique, le renommé Canard de bois, de Louis Caron.

 

En 1989, Pascal Assathiany succède à Antoine Del Busso à la direction générale et, en 1991, Boréal emménage dans de nouveaux locaux. Depuis, la maison a le vent en poupe et ne cesse de multiplier les bons coups. Pour 2008, Pascal Assathiany nous promet un nombre substantiel de nouveaux auteurs. Il ne souhaite rien d'autre que de continuer à publier les 60 ou 70 ouvrages que la maison édite annuellement et d'entretenir la diversité des plumes.


[1] http://editeur.ca/photoslborealipdllcatalogue40.pdf, p. 9. (lien obsolète)

[2] Ibid.

[3] Ibid., p. 13.

 

Sébastien Lavoie

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